Du côté des pros : François Gelez

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L’ancien ouvreur, passé pendant 10 ans par Agen, est revenu chez lui, là où tout avait commencé, Tyrosse. En charge des jeunes dans son club de formation, il est aussi entraîneur des arrières de l’équipe d’Algérie…

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Après 15 saisons du côté d‘Agen et 2 à Perpignan, il revient chez lui à Tyrosse donner un coup de main aux jeunes de l‘UST. (crédit : l’Equipe)

On te retrouve du côté de Tyrosse, chez les jeunes, explique nous ton rôle et comment s‘est fait ce retour ?
Il s’est fait simplement, je suis revenu sur Tyrosse il y a un an, en fin d‘année dernière à la fin de mon contrat avec Perpignan. Les habitudes que j‘avais perdu il y a 20 ans reviennent vites, j‘ai retrouvé des amis qui entraînent des équipes de jeunes et le président Christian Laclau que je connais très bien puisque je l‘ai eu comme entraîneur m‘a proposé d‘avoir un rôle de consultant auprès des jeunes aux entraînements et en match. J‘ai accepté d‘aider et d‘emmener ce que j‘avais appris en terme de contenu et de compétence aux équipes cadets et juniors.
Toi qui t’occupes des jeunes, ce championnat espoir pour les réserves de Fédérale 1, penses-tu que c‘est une bonne solution ?
J‘en suis persuadé, pour l‘avoir vécu avec des clubs professionnels il y a un petit moment et après avoir vu aussi disparaître les équipes Reichels. Je pense que c‘est la meilleure des solutions de regrouper à partir de 18 ans les joueurs dans une seule équipe. Il y a quelques années, on pouvait craindre une différence physique entre un joueur de 18 ans et un autre de 22 ans, aujourd‘hui la préparation est faite de plus en plus tôt donc il n‘y a plus trop de crainte à avoir à ce niveau là. Donc en professionnel ou en Fédérale, les jeunes adultes doivent se confronter aux adultes le plus rapidement possible pour s‘essayer.
Est ce que tu es toujours entraîneur des lignes arrières de l‘équipe d‘Algérie, comment est le niveau et est ce que c‘est un pays qui aime ce sport ?
C‘est un pays qui ne connaît pas du tout ce sport à vrai dire. L‘histoire est assez récente, elle remonte à une dizaine d‘année avec beaucoup de binationaux français d‘origine algérienne qui ont créé dans un premier temps une association de joueurs algériens qui s‘est transformé il y seulement deux ans en fédération reconnue par World Rugby. Depuis ils ont essayé de construire une équipe pour jouer des matchs, avoir une vitrine visible et pour gravir les échelons internationaux, et à côté ils ont créé des clubs, des écoles de rugby, grâce à cela c‘est un pays qui s‘éveille en rugby. Le rugby se structure par la base, en créant donc des écoles de rugby, en organisant des journées découverte, en faisant des beach rugby et ils sont contents des retours. L‘équipe nationale vient de faire son premier match officiel il y a un mois en attendant que ce sport se développe dans l‘avenir.

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Il espère retrouver rapidement une équipe professionnelle. (crédit : zebulon nog)

On a vu des joueurs comme Jonathan Best vous rejoindre, c‘est le but d‘aller chercher quelques joueurs de haut niveau en France pour encadrer les débuts de l‘Algérie comme cela a pu être le cas dans le foot ?
Il est évident qu‘il y a un rugby local qui n‘est pas très développé, pas au même niveau qu‘en France donc l‘idée est aussi de se servir de joueurs évoluant en France qui vont emmener une vraie plus valu et qui vont faire parler du rugby. On essaye de créer un cercle vertueux, on essaye de donner envie via les résultats de l‘équipe nationale aux jeunes de jouer au rugby et il est évident que pour cela, on a besoin de joueurs professionnels pour gravir les échelons le plus rapidement possible. Jonathan Best est venu, Saïd Hirèche qui est capitaine à Brive est là aussi ou Julien Caminati, ce sont des joueurs susceptibles de nous rejoindre s‘ils n‘ont pas d‘obligation avec leurs clubs pour nous aider à franchir des paliers qui nous amèneront à un plus haut niveau.
Le boulot de sélectionneur, c‘est quelque chose qui te plaît ?
Je fais ça avec Jeanot (Jean-Jacques Crenca) bénévolement puisque je connaissais deux ou trois personne de l‘encadrement et que ça me plaisait de leur donner un coup de main dans des débuts qui sont forcément difficiles. En venant, on leur apporte aussi un peu plus de crédibilité disons, vis à vis des joueurs qu‘ils soient professionnels ou pas cela les rassure d‘avoir des entraîneur qui soient un peu connus. Ce n‘est pas un boulot à plein temps, loin de là et en tant que technicien, c‘est un boulot différent mais tout aussi intéressant parce qu‘on bosse dans l‘urgence. On essaye de faire passer des messages et on construit un projet de jeu, là ou dans un club on a deux, trois ou six mois pour le faire, ici par exemple quand on a joué le samedi, on s‘est retrouvé le jeudi soir à l’hôtel sans avoir eu encore un entraînement ensemble. On a a eu un entraînement et demi pour mettre tout en place, c‘est un beau pari en tant que technicien que d‘y arriver et de trouver des solutions afin que les joueurs ne soient pas perdus sur le terrain. C‘est un bonne expérience.
Tu étais sur le banc de Perpignan jusqu‘à il y a peu, est ce que tu veux retrouver un banc de club professionnel ?
Je ne suis pas du genre à cracher dans la soupe et à dire que sous prétexte que je suis revenu dans le monde amateur, de trouver tous les maux au monde pro. Le rugby reste ma première passion, évidemment que j‘ai envie de retrouver un challenge, de retrouver l’excitation de la compétition qui commence à me manquer. Effectivement que le monde pro a ses problèmes et ses difficultés mais c‘est aussi un monde où il fait bon vivre malgré la pression. Ça ne s‘est pas terminé de la manière rêvée du côté de Perpignan, mais j‘y ai pris beaucoup d‘expérience dans un contexte particulier où il fallait reconstruire, avec beaucoup de jeunes joueurs à incorporer et je pense être meilleur maintenant qu‘il y a trois ans. Le monde professionnel me fait envie et même si en Fédérale 1 un projet intéressant se présente, je suis prêt à relever le défi.
Est ce que le but est de trouver un club avec Crenca qui t‘accompagne sur cette mission avec l‘Algérie ?
Disons que ce n‘est pas un but ultime mais avec Jeanot on est dans la même situation, on se connaît depuis longtemps, on a joué ensemble, on a entraîné les espoirs à Agen pendant 5 ans donc on connaît parfaitement nos qualités et nos défauts. En entraînant ensemble, on aurait pas cette phase où il faut apprendre à se connaître, on sait ce qu‘on est capable de faire et on s‘est dit que si des clubs cherchaient un duo d‘entraîneurs, on pourrait postuler. Je pense qu‘à Agen, on a fait plutôt du bon boulot, tous les jeunes qui sortent d‘Agen sont passés entre nos mains comme Dulin, Guitoune ou d‘autres comme Belleau ou Erbani donc on pense qu‘en tant que duo, on a des choses à dire. Mais on sait très bien que dans le milieu pro, c‘est complexe, parfois il y a la place que pour un donc on ne va rien s‘interdire.

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Avec Crenca, François est au soutient de l‘équipe d‘Algérie. (crédit : La Dépêche)

La PROD2, c‘est un bon championnat pour les jeunes français ?
C‘est un championnat intéressant, avec beaucoup de matchs, avec un volume de jeu qui va crescendo, avec de plus en plus de techniciens qui s‘y intéresse et en terme de structure, on se rapproche de plus en plus à des clubs de haut niveau. C‘est un bon tremplin, mais il ne résoudra pas à lui seul les problèmes que l‘on rencontre actuellement au niveau international. C‘est une voie intermédiaire sur laquelle les clubs de TOP14 doivent je pense s‘appuyer de plus en plus. C‘est en cours, les clubs de TOP14 se rendent compte qu‘il y a de très forts potentiels de jeunes joueurs en PROD2 et avec pas mal d‘expérience puisqu’ils ont démarré très jeune dans cette division. Le TOP14 en a besoin, l‘équipe de France en a besoin !
La course aux JIFF, avec la fuite de jeunes de plus en plus tôt comme on le voit à Biarritz, est ce que ce n‘est pas inquiétant ?
Je préfère que les clubs se battent pour avoir de jeunes joueurs français. C‘est vrai que le bémol de ça, c‘est qu‘on déconnecte ces jeunes de la réalité. Quand on les surpaye à 19 ou 20 ans alors qu‘ils n‘ont pas encore disputé un seul match de TOP14, je ne suis pas sûr que cela les aide à se rendre compte du chemin qu‘il leur reste à parcourir vers le très haut niveau. C‘est peut-être l‘effet négatif de cette course à l‘armement des JIFF mais je crois que le rugby français dans son ensemble ne peut pas se faire l‘économie d‘une réduction du nombre d‘étrangers. On va me rétorquer l‘histoire de la législation, mais quand on veut, on peut ! On ne peut pas laisser l‘équipe de France dans cet état là ! Plutôt que de pointer du doigt un tel ou un tel, il y a une remise en question globale du rugby en France. Je préfère le moindre mal et il est que les gros clubs viennent chercher les joueurs français.
L‘équipe de France que tu as connu en tant que joueur, est ce que les symptômes vus depuis quelques années sont logiques pour toi qui a connu le monde pro de l‘intérieur ?
Chacun a ses responsabilités, les entraîneurs, les joueurs, mais dire c‘est la faute du sélectionneur, ou des joueurs, qu‘il faut mettre tel entraîneur à la place ou tel joueur en pensant que dans 3 mois l‘équipe va tourne,r on se leurre. Entre temps le championnat aura reprit, on va oublier le XV de France et 15 jours avant le tournoi ,on va penser que le french flair va revenir et qu‘on va gagner des matchs mais non, le mal est beaucoup plus profond ! Malheureusement, il y a quelque chose de mathématique, les joueurs jouent 10 à 15 matchs de trop par an ! Notre championnat est très long, usant, fatiguant, très physique, mais nous emmène pas vers le niveau international. On a des joueurs forts, c‘est une certitude mais qui manquent de vitesse, d‘explosivité et c‘est difficile d‘y parvenir quand on joue 9 ou 10 mois sur 12 ! On a une réflexion à avoir là dessus, avoir une vraie inter saison, avoir une obligation de disponibilité pour l‘équipe de France même si ça va dans se sens, on ne va pas assez loin par rapport aux équipes celtes ou de l‘hémisphère sud. Ces équipes ont par exemple 2 mois de plus ensemble pour travailler, on voit donc le chemin qu‘il nous reste à parcourir.
On a entendu des phrases qui ont fuité dans la presse comme « Je suis venu pour prendre la prime mais si je n‘y retourne pas, c‘est pas grave », est ce que ça te surprend ?
Encore une fois, c‘est un problème global, on doit tous se remettre en question. Il faut revoir la façon dont on aborde ce sport, les médias aussi doivent se remettre en question. Quand on voit comment on parle d‘un joueur comme la nouvelle star du rugby français, que dans son club on lui dit qu‘il est très fort et que quand il arrive en équipe de France il se fait couper en deux, c‘est difficile aussi pour le joueur de se rendre compte de la différence de niveau. Tout un ensemble de chose est à revoir, en France les joueurs sont très bien payés, c‘est l‘endroit du monde où les rugbyman sont les mieux payés mais à côté, ils jouent trop ! Est ce que les joueurs vont accepter une réduction du nombre de match et par conséquence de leur salaire, ça va être compliqué de leur faire entendre, mais à mon avis c‘est nécessaire, pour eux et pour avoir une équipe de France plus performante. C‘est vrai qu‘en tant qu‘ancien international, quand on lit certaines déclaration de joueurs qui viennent pour la prime, ça fait mal au cœur et je me dis aussi qu‘en tant qu‘ancien formateur de cette génération, on a loupé quelque chose dans la manière de notre transmission. On le voit bien là, on a pas de reproche à faire à tel ou tel, on doit tous se remettre en question.

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François Gelez a porté le maillot bleu à 8 reprises(crédit : Vandystadt)

On t‘a vu aussi lors de la visite de Bernard Laporte à Saint Jean de Luz, s‘impliquer d‘un point de vue politique du sport, c‘est quelque chose qui t’intéresse ?
J‘adore la politique, mais je n‘étais pas là pour ça. Je n‘ai pas l’intention de m‘engager au niveau politique dans le rugby. J‘étais simplement là parce que la formation m‘intéresse et je voulais voir comment cette équipe avait l‘intention de réorganiser la formation pour les années à venir en Nouvelle Aquitaine. Christian Laclau mon président à Tyrosse m‘a proposé de venir donc j‘ai suivi pour écouter et savoir ce qui nous attend potentiellement.
Verdict ?
On a encore du chemin à parcourir. Comme pour toute campagne, ils ont de bonnes idées avec une part de propositions intéressantes mais qui doivent être creusées en terme d‘application pratique. L‘idée de regrouper les meilleurs joueurs de club dans des académies me semble pertinente. Re pénétrer le milieu scolaire est selon moi obligatoire pour faire de ce sport quelque chose de fun et qui donne envie aux jeunes. Il y a mille choses à faire mais je vois du positif dans le fait de vouloir engager des gens au niveau fédéral pour aller dans les clubs et les écoles, cela me semble indispensable pour l‘avenir.

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