Reportage – Alain Molinie, fin de carrière à 54 ans !

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1998

Si Obélix est tombé dans la marmite de potion magique, Alain Molinié, lui, est sûrement tombé dans la fontaine de Jouvence. A 54 ans, cet ancien troisième ligne reconverti talonneur, clôture sa 40ème saison de rugby (!), dont 23 passées à l’Olympique Montredonnais. Un bel exemple de longévité pour le vétéran de la région évoluant en compétition officielle. Ce chauffeur de taxi surprend plus d’un jeune le dimanche par sa condition physique, qu’il entretient quotidiennement. Sûrement le secret qui lui a permis de disputer le week-end dernier un nouveau quart de finale du championnat, en réserve, perdu contre Foix (17-25). Alain a rangé ses crampons au placard, mais a accepté de retracer sa très longue carrière pour nous, remplie de savoureuses anecdotes forcément… (par Tobbey Flou)

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Alain, pour commencer, présentez-vous à nos lecteurs…
« Je m’appelle Alain Molinié, j’habite à Albi mais je joue pour le club de Montredon. Dans la vie de tous les jours, je suis chauffeur de taxi. Mes autres passions autres que le rugby sont la musculation et le para-moteur (parapente avec moteur donc !). J’aime aussi courir pour garder une bonne condition physique. Côté rugby, j’ai joué troisième ligne mais maintenant je joue talonneur. Je mesure 1,77m pour 77 kg. Je joue en équipe B et je suis capitaine. »

Justement, quel a été votre parcours rugbystique durant toutes ces années ?
« J’ai commencé en cadets à XIII à Saint-Pierre-de-Trivisy (81) puis en 1978, puis j’ai rapidement joué en senior à Vabre alors que je n’avais même pas dix-huit ans. Grâce à mes copains d’ailleurs qui m’amenaient vu que je n’avais pas mon permis de conduire (rires). Puis en 1990, j’ai joué à l’Aviron Castrais. Et comme Montredon, mon village, a crée un club en 1992, j’y ai signé la deuxième année c’est-à-dire en 1993. Depuis je n’ai plus bougé. J’ai seulement arrêté de la saison entre 2011 et 2016 pour souci médical, mais j’ai rebondi et n’ai jamais manqué à l’appel depuis.

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Souvenirs, souvenirs

Vous avez touché du bois pendant votre carrière ?
Oui, avec Montredon, on a été vice-champion de Midi-Pyrénées en 3ème série en 2008, puis en 2009 on a été champion de Midi-Pyrénées de 2ème série. Plus récemment, en 2016, on a remporté la Coupe des Pyrénées.

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Quel souvenir gardez-vous de votre tout premier match en senior ?
« Oula, ça remonte, j’avais 16 ans je crois (rires). Je me souviens surtout d’un match rugueux, pour ne pas dire brutal. Je me rappelle aussi qu’on avait une équipe très solide physiquement et que ce n’est pas pour autant qu’on gagnait tous les matchs.

Dans toute votre carrière, quel est votre meilleur souvenir ?
C’est d’avoir pu jouer avec mes deux fils. Michael qui joue à l’ouverture et Jonathan qui joue au centre. Mais maintenant, ils sont en Une et moi en B. C’était vraiment génial de pouvoir jouer avec eux.

Et le pire souvenir ?
Une finale perdue contre Puylaurens. On l’avait un peu amer car on aurait vraiment mérité la gagne mais on prend une pénalité à la fin qui leur a donné la victoire.

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Avec les fistons

De nos jours, on aime comparer le rugby d’antan et le rugby moderne, vous trouvez que ça a beaucoup changé ?
« Déjà pour commencer, les mêlées ont beaucoup changé oui. Avant on poussait vraiment, sur 1,5m au moins, maintenant on ne les pousse plus, ou à l’impact seulement. Mais moi je préfère maintenant. On fait passer la sécurité du joueur avant tout et c’est complètement normal. Ensuite, au début quand je commençais on n’avait même pas de sauteur en touche alors que maintenant c’est beaucoup plus joli, plus technique et plus propre pour le public. Les joueurs de maintenant vont plus vite et sont plus puissants. A titre d’exemple, à l’Olympique Montredonnais, on a un ailier qui fait 120 kilos. Pour finir, je pense que le rugby moderne c’est surtout le mental qui fait la différence. Si tu as plus envie que ton adversaire, alors tu prendras le dessus. »

Comment voyez-vous l’apparition de la musculation dans le rugby ?
« Je trouve que c’est inévitable. J’en fais souvent moi-même car je trouve que c’est vraiment utile surtout de nos jours. Il faut en faire individuellement et si tout le monde en fait de son côté, ça apportera au collectif. L’évolution est passée aussi par l’arrivée de préparateurs physiques.

En ce qui concerne les fameuses « valeurs » de l’Ovalie, pensez-vous qu’elles existent toujours ?
« Je parle en amateur car c’est le niveau que je connais mais pour moi elles existent encore. Elles perdurent principalement grâce à trois choses : la première c’est le public, toujours présent au stade le dimanche par amour du « rugby clocher ». La deuxième, grâce aux anciens qui y sont pour beaucoup dans la transmission aux nouvelles générations. Enfin, la troisième, c’est la mise en place des écoles de rugby. C’est encore un pas de plus vers la conservation des valeurs je pense. Avec la participation des parents, des joueurs séniors, tout ce mélange explique pourquoi le rugby n’a pas perdu ses valeurs. »

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Au coeur du combat

Pour revenir à vous, après 40 ans de carrière, comment faire pour que le corps tienne ?
« Je fais trois séries de cinquante pompes chaque matin en me levant. Après j’ai une bonne hygiène de vie donc ça m’aide aussi. Je ne fais plus de bringues même si avant je faisais les troisièmes mi-temps. Je ne fume pas, je cours, je fais du vélo, des tractions aussi, je m’entretiens quoi. Il n’y a pas de secret. Les jeunes au début se disent que je suis vieux et que je ne tiendrais pas, mais après ils changent vite d’avis (rires) »

Vous tenez donc les matchs en entier ?
« Oui je peux jouer les quatre-vingt minutes en B, même parfois je laisse ma place parce qu’il faut bien faire jouer tout le monde. En Une, je pense que je ne pourrais pas. »

Et qu’est-ce qui vous donne encore envie de continuer ?
« C’est l’amour et la passion que j’ai pour ce sport. J’ai toujours adoré le rugby, le rugby copain j’entends, et principalement celui de Montredon. Par exemple, je pense que si j’avais été dans un autre club, j’aurais arrêté avant. Les gens sont contents de me voir jouer alors je leur rends comme je peux. Puis de pouvoir jouer avec mes fils m’a motivé encore plus j’avoue. J’ai même joué avec des amis, puis avec leurs fils (rires). »

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Comment prévoyez-vous l’après-carrière ? Vous allez vous investir dans le club ?
« Tout d’abord, je tiens à dire que j’arrête ma carrière cette saison. Donc c’est bientôt l’après-carrière (rires). Je ne pense pas pouvoir concilier mon travail avec un investissement dans le club même si j’aurais adoré. Mais si c’est pour le faire à moitié, ça ne sert à rien. Par contre, j’irai les voir jouer le dimanche. »

Que vous apportent les jeunes du vestiaire, et que leur apportez vous ?
« Ils m’apportent une grosse dose de fraîcheur et d’énergie. Moi de mon côté je pense leur apporter de la motivation notamment avant les matchs. Et bien sûr, je leur amène toute ma longue expérience. »

Pour terminer, avez-vous une dernière anecdote à nous raconter ?
« Oui, avec Montredon on a affronté souvent Séverac Le Chateau. C’était un peu notre bête noire au début, on avait perdu pas mal de fois contre eux, puis on les a gagné à notre tour. Et à force de jouer contre eux et de les rencontrer, et bien je me suis lié d’amitié avec leur pilier. Je passe le bonjour à mon ami Francis Cantegrel d’ailleurs. »

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2 Commentaires

  1. Salut Alain !!! mon ami je tiens à te féliciter pour ta longue carrière tu m’a batut moi j’ai arrêté à 51 ans ( 51 je t AIME j en boirais des tonneaus ….) Tout ça à cause des visites médicales ….. Alain ci tu passe un jour dans l’Aveyron arrête toi à Séverac va au premier bistrot que tu trouveras​ et demande CANTA il te diront où j’habite ou peut-être un jour on ce croisera sur une 3 ieme mi-temps
    CANTA

  2. J’ai joué avec Alain pendant 18 ans et puis je suis devenu son coach en réserve.Je peux vous dire que ce fut un des plus grands talon que j’ai vu,pas par sa taille mais par son mental et son envie de jouer pour les autres.
    Il fait partie de la famille du rugby de Montredon.J’éspére qu’il viendra me donner un coup de main pour les avants car avec son expérience,les jeunes le « bade » .

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