Octobre rose : les « Pionnières » montrent l’exemple grâce au rugby

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Deux fois par semaine, des femmes atteintes d’un cancer luttent contre la maladie par la pratique du rugby, avec des résultats physiques et psychologiques surprenants. Le nom de baptême a vite semblé une évidence. « Les Pionnières », rien de moins logique pour les fondatrices du premier club de rugby Sport-Santé du pays. Toutes ont désormais un autre point commun que le cancer qu’elles combattent : un ballon ovale qui vole de mains en mains dans une atmosphère de cour de récréation… 

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Le rugby comme source de vitalité et de santé (photo FFr)

La cadette a dépassé la trentaine ; l’aînée, Geneviève, a, elle, 71 ans. Et elle les porte rudement bien dans son survêtement blanc. La foulée est délicate, comme les transmissions de balle. Pour ces battantes, l’essentiel est ailleurs, dans cet autre match qu’elles sont en train de gagner, un peu grâce aux deux sessions organisées par semaine.

Le Professeur Stéphanie Motton pose l’équation : « On sait trois choses, prouvées scientifiquement.La pratique d’une activité physique encadrée et régulière améliore la tolérance au traitement,mais aussi la qualité de vie des patientes et le pronostic de la maladie.On diminue de 50 % le risque de mortalité après cancer du sein. » Stéphanie Motton est chirurgienne oncologique à Toulouse.

Le 15 octobre 2015, elle a été conviée à Marcoussis pour une réunion fédérale sur le sport et la santé. « Honnêtement, on ne savait pas trop ce qu’on faisait là. Quand la FFR nous a montré une vidéo avec des gens qui jouaient au rugby en marchant, ça nous a un peu bluffés. On a même essayé, on a découvert le rugby à 5, à toucher.On a été convaincus en une journée. » Le personnel soignant (public sédentaire à risque de développement de pathologie) a été la première cible. « On a pensé qu’il fallait d’abord convaincre les prescripteurs.Sans eux, on n’aurait pas convaincu les patientes », analyse Guillaume Bonnemaison. Ce Conseiller Rugby territorial (Midi-Pyrénées) est impliqué depuis le début aux côtés de ces joueuses pas tout à fait comme les autres.

Parmi elles, Murielle, de l’aventure depuis un an et demi. « Je me plaignais d’avoir mal partout, de prendre du poids. Le Pr Motton m’a parlé de rugby à 5. Je l’ai regardée avec des yeux tout ronds. Pour moi, le rugby, c’était des garçons, des mêlées et des bleus, s’esclaffe- t-elle. C’est finalement un sport adapté à nos petits soucis et notre condition physique. »

Une volonté de jouer

Il ne fait pas plus de cinq degrés en ce jour gris sur Toulouse. La session du jeudi midi est un peu moins fréquentée que celle du mardi soir, mais rien ne fait reculer celles qui peuvent venir. Une volonté de jouer qu’admire Sylvie Denot, conseillère technique spécialisée dans le sport adapté : « Qu’il fasse froid, qu’il pleuve, qu’il neige, elles sont là ! On retrouve les vraies valeurs du rugby, la solidarité, le plaisir de se retrouver. Ce qui est marrant, c’est qu’aujourd’hui, elles basculent presque dans l’entraînement, elles demandent d’autres apports, plus techniques. Elles veulent toujours jouer, mais mieux jouer », apprécie-t-elle avant d’interrompre une action pour analyser les placements de ses joueuses.

Aucune d’entre elles ne semble porter le fardeau qui est le leur. Surtout pas Germaine, 57 ans, une des pionnières des Pionnières. « C’est ma troisième saison. J’adore ce partage, cet enthousiasme,la découverte du rugby aussi. Il y a de belles personnes, de l’ambiance et de la légèreté. » Elle chausse alors les crampons, un geste impensable avant d’embarquer dans cette aventure. Comme presque toutes ses consœurs, Germaine ne connaissait pas grand-chose au rugby. Elle confirme d’ailleurs que ce n’est pas cette soudaine passion qui les a réunies. « On est toutes là parce qu’on a eu ce parcours dans la maladie. On n’en parle presque plus aujourd’hui. On vient pour jouer, pour marquer ! Le plaisir d’abord. On est comme des gamines, on court, on essaye d’attraper l’autre… ».

Geneviève passe en toute discrétion d’un bon mètre en touche. L’arbitrage vidéo est demandé dans un éclat de rire général.

Création du premier club de rugby Sport-Santé

Ici, personne ne se prend au sérieux, mais avec la création de l’association en novembre dernier et du premier club de rugby Sport-Santé de France, l’activité a pris un peu d’épaisseur. « Ça leur appartient maintenant. Le but est d’aller plus loin dans la promotion et le développement de cette action », explique Guillaume Bonnemaison, fier d’un taux de fidélisation à 82 %. « Ça nous permet aussi d’être une entité à part entière distincte de l’Oncopole, d’être sûres que le projet perdure », souffle Murielle. Stéphanie Motton, sa chirurgienne et partenaire de jeu, n’a pas pu troquer ce jour-là sa blouse pour un short et un maillot, mais elle sera bien là en juin pour le choc tant attendu entre Pionnières et Sédentaires.

Le bonheur du partage sera le seul vainqueur. « Le côté rugby, ce n’est pas anodin par rapport à la maladie, conclut Stéphanie Motton. C’est un sport de combattant, un peu glorieux,on tombe, on se relève. Pour elles qui ont vaincu le traitement ou sont encore en combat, jouer au rugby ne leur fait pas peur. »31

Source FFR.fr

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