Imanol Harinordoquy (parrain de RugbyAmateur) : « On défend les mêmes valeurs »

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De l’US Garazi au Stade Toulousain, en passant par Pau et bien sûr le Biarritz Olympique, le basque bondissant est devenu un joueur emblématique, respecté et apprécié, du rugby français, et international. Il s’est même fait un nom, juste avec son prénom. Sa carrière, son palmarès, il les doit à son talent, à son travail et à sa force de caractère. Le roi des airs, a bien les pieds sur terre. Ses racines, les copains, le rugby d’en bas, le partage et la transmission sont des marqueurs essentiels dans sa vie de tous les jours. Pas étonnant alors de le voir impliqué dans des stages pour enfants depuis plus de 12 ans, tête de proue pour la cause Movember, ou d’être devenu un « passeur de vins ». Mais attention, il y a un côté ouvert chez Imanol Harinordoquy, et un côté fermé. Pour notre plus grande fierté, il a accepté de s’ouvrir à nous, et de devenir un des parrains de RugbyAmateur.fr. Histoire de nous aider dans une démarche qu’il soutient pleinement, et depuis longtemps. Ce parrainage débute par une longue interview, truffée de petites anecdotes méconnues et savoureuses. Les yeux dans les yeux avec Imanol, c’est ici, et maintenant…(par JL)

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Aussi actif sur un terrain que pour votre site bien aimé (©photo RugbyAmateur.fr)

Imanol, tes premiers souvenirs rugby, ils remontent à quand ?
A mon enfance, quand j’accompagnais mon père voir l’équipe première de l’US Garazi-Saint-Jean Pied de Port. Et comme ça me plaisait, j’arrivais plus tôt pour voir la réserve aussi. Dimanche, c’était rugby à fond, voir les rencontres, profiter de l’ambiance, jouer sur le terrain à la fin, rentrer plein de boue à la maison. Voilà mes premiers souvenirs, ce n’est ni l’équipe de France, ni un joueur, mais les derbys face à Saint-Etienne-de Baigorry, en fédérale 1 à l’époque.

Et tes débuts au rugby ?
J’ai commencé le rugby tardivement, vers 15 ans. Je suivais, de loin, mais je n’y connaissais pas grand chose, je ne pratiquais pas à l’école non plus. Je jouais au tennis, au judo, à la pelote, j’ai fait de la natation, un peu de basket, et même du foot, je dois l’avouer (rires). Mes copains sont passés au rugby et pour les suivre, je m’y suis mis aussi, sans plus de motivation que ça. Et puis le premier entraînement m’a convaincu.

Qu’est-ce qui t’a plu ? 
J’étais très actif, j’avais besoin de me défouler, et le rugby était le sport parfait pour moi. J’ai surtout découvert que ce sport pouvait devenir une deuxième famille, avec les valeurs que l’on connaît. Ce sont des choses qui peuvent paraître anodines, mais je me souviens des goûters en jeunes, des sandwiches au pâté, et puis plus tard, les troisième mi-temps, avec l’équipe adverse. Je n’avais jamais trouvé cet esprit dans aucun autre sport. Je peux même dire que ça m’intéressait plus que le ballon.

Et tes débuts sur le terrain ?
Contrairement à ce que l’on peut croire, j’ai commencé au centre, puis on m’a mis à l’arrière et même à l’ouverture. Et oui, et j’étais le buteur de l’équipe. J’en profite ici pour rappeler que je suis le seul professionnel encore en activité ayant 100% de réussite au pied. J’ai tenté un drop en 2007 contre Brive, qui est passé, et depuis, je n’ai plus tenté ma chance, au risque de faire chuter ma statistique.

Quand as-tu commencé à jouer devant alors ?
Très rapidement (rires). Car mes centres et les ailiers ne voyaient pas trop le ballon, je repiquais souvent vers l’intérieur, pour aller me frotter aux gros. Au bout de cinq matchs, mon cas était réglé ! Et c’est comme ça que j’ai débuté en troisième ligne. Je touchais moins de ballons, mais j’aimais bien plaquer, donc ça m’allait parfaitement.

France's Imanol Harinordoquy (C) struggles with Scotland's Alastair Kellock (R) during their Six Nations rugby union match at the Stade de France stadium in Saint-Denis near Paris February 5, 2011. REUTERS/Gonzalo Fuentes (FRANCE - Tags: SPORT RUGBY)
Bondissant vous avez dit ? (© REUTERS/Gonzalo Fuentes)

A quel moment tu as compris que le rugby pouvait devenir plus qu’un jeu ?
Jamais ! J’ai joué à Garazi jusqu’à 19 ans, puisque j’ai quitté le lycée pour aller faire mes études en comptabilité et gestion agricole à Montardon, à Pau. Je jouais en équipe de France des moins de 19 ans, puis en moins de 20. On m’a appelé à Bayonne pour intégrer un sport études, mais je n’ai jamais voulu. Il était inconcevable de quitter les copains de Garazi. On venait d’être champions de France en juniors Balandrade en 1998, c’était une très grande histoire d’amitié. Avec peu de moyens, mais une énorme solidarité. Pau était sur mon dos depuis un moment. Et je me suis fait piéger en quelque sorte…

C’est-à-dire ?
Je m’entraînais à Pau en semaine tout en continuant à jouer à Garazi. Et puis pour ma deuxième année de BTS, il y avait une grosse équipe qui se montait à Pau en Reichel, avec des gars que je côtoyais en équipe de France. Ca devenait contraignant de faire les aller-retour chaque semaine. Je savais qu’il me restait un an d’études, alors je me suis dit que je pouvais faire un an à Pau. J’ai signé pour une saison, en étant certain que j’allais revenir à Garazi ensuite. On a gagné 33 matchs en autant de rencontres, avec une très grosse génération, la moitié de l’équipe de France en fait, et on a fini champions de France. Le président de Pau m’a convoqué en fin de saison, c’était pour me faire signer un premier contrat pro.

Qu’est-ce que tu as ressenti à ce moment-là ?
En fait, c’était très dur pour moi d’avoir quitté Garazi pour un an, mais là, c’était encore plus dur. Les gens de mon village me disaient de rester en plus. Il n’y a pas grand monde qui m’a encouragé à quitter le club, ce que je peux comprendre. Mais en même temps, je me suis dit qu’il fallait le faire pour ne pas regretter plus tard. Ne rien regretter est une de mes convictions profondes dans ma vie. Alors j’ai dit oui.

C’était les débuts du professionnalisme, comment as-tu vécu la transition entre le rugby amateur et le rugby pro ?
Moi qui m’entraînais le vendredi soir, pour jouer le dimanche, et boire une bière après, j’ai basculé dans des séances quotidiennes, avec de la musculation, le respect des horaires, etc…Je n’étais pas convaincu que ça allait me plaire. Pour la petite anecdote, je vais faire une confidence que j’ai rarement évoquée, car je sais que pour beaucoup, ce serait un rêve de devenir pro, mais moi, ça me faisait plus peur qu’autre chose. On a voulu me faire signer un contrat de 3 ans, comme ça se fait aujourd’hui. Mais c’était le bout du monde pour moi, je vivais un peu au jour le jour, je n’aimais pas les engagements, j’avais besoin de me sentir libre, ce qui est normal à vingt ans je crois. Alors du haut de mes 1.90 et 78kg à l’époque, sans agent bien sûr,  j’ai demandé au président André Lestorte, que je connaissais bien de par mon père, de me faire un contrat d’un an. C’était à prendre ou à laisser de toute façon.

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Des débuts à Pau remarqués (photo L’Equipe)

Et il a accepté ?
Oui, et s’il me dit non à ce moment là, ma carrière dans le rugby s’arrêtait là. Ou beaucoup de choses auraient été différentes en tout cas. Jacques Brunel était l’entraîneur à ce moment-là, et il a été mis devant le fait accompli. Eric Gouloumet, le titulaire en 8, s’est fait mal au genou en début de saison. Le coach m’a fait confiance et m’a mis titulaire à Agen, à 19 ans face à Benazzi, Benetton et j’en passe. Le match s’est bien passé et j’ai joué tout le temps, ce qui m’a donné envie de continuer.

Ta carrière était lancée…
Disons qu’elle débutait bien. En fin de saison, je retourne voir le président, et je lui ai dit que j’étais ok pour re-signer…mais pour un an de plus. A la réflexion, c’était une façon de garder ma liberté je pense, et puis ça me mettait la pression de réussir aussi, de travailler plus dur. Je jouais aussi en équipe de France A, et j’avoue que je pensais à la grande équipe de France dans un coin de ma tête.

Tout s’est enchaîné très rapidement finalement ?
C’est vrai et je ne pensais pas que ça arriverait si vite, puisque c’était en 2002, deux ans après mes débuts en pro, que j’ai débuté en équipe de France. Et quand on y goûte, on n’a plus envie d’arrêter. Mais j’ai encore signé quatre contrats d’un an quand même (rires).

Avec le recul, tu referais la même chose ?
Oui, enfin, je crois bien que oui. Ce n’était pas une fin en soi pour moi. Ce qui m’a toujours fait avancer, c’est de garder l’enthousiasme, et le plaisir de jouer. On m’a inculqué certaines valeurs, notamment celle du travail. On a rien sans rien, donc je bossais dur et j’avais confiance en moi. Je me savais doué ballon en mains, grâce à mes expériences passées. On m’a reproché parfois de garder le ballon à une main, mais c’est ce qui a fait le joueur que j’ai été, je le fais un peu moins, mais de temps en temps, ça revient, et je tente des gestes. De toute façon, arriver en haut est une chose, mais pour y rester, il faut travailler deux fois plus. Il faut avoir du mental, revenir après une blessure, un coup de moins bien. Il faut avoir un tempérament de gagneur, de compétiteur. Même si j’ai toujours gardé l’esprit d’un joueur, j’ai aussi toujours détesté perdre, depuis toujours, à n’importe quel jeu, c’est comme ça.

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Sous les couleurs du Stade Toulousain, toujours à la pointe du combat et précieux dans les airs (photo Stade Toulousain)

Quel regard portes-tu sur le rugby pro d’aujourd’hui, qui a tellement évolué en 15 ans ?
L’évolution principale réside dans la médiatisation. On a un championnat attractif, qui permet de voir les meilleurs joueurs du monde chaque week-end, ce n’était pas le cas il y a dix ans. Les règles ont évolué, avec le système de bonus, le match garde son intérêt jusqu’au bout. A l’époque, quand on menait de 15 points à dix minutes de la fin, c’était fini. Les matchs sont devenus plus physiques aussi, je pense qu’un jeune qui débute aujourd’hui, n’aura pas une carrière jusqu’à 36 ou 37 ans comme moi. Ca va plus vite, c’est plus costaud, les préparations sont plus lourdes. Donc il va falloir penser à la sécurité des joueurs je pense. Le protocole commotion est une avancée, mais je trouve que c’est encore très léger.

Il y a donc du bon et du moins dans l’évolution du rugby ?
Oui, mais c’est partout pareil. Un côté négatif, c’est que l’on vient chercher les jeunes de plus en plus tôt. La médiatisation, l’argent, l’arrivée des agents aussi, peuvent fausser l’image que peut se faire un jeune du rugby. A mon avis, un espoir a plus à apprendre dans son club en fédérale 1 ou 2 que de jouer un an en espoirs d’un club pro. On leur promet des choses, mais ils ne jouent pas, donc ils perdent un an. On prend l’exemple par le haut au lieu de s’appuyer sur le bas, les fondations. Pour arriver en haut de la pyramide, il faut avoir des bases, solides. Un jeune aujourd’hui qui monte vite, peut redescendre encore plus vite. Avec les bases, on se donne les moyens de ne pas retomber si vite. On brûle les étapes je trouve. Il y a et il y aura toujours des jeunes de 20 ans pour jouer en première, mais ce ne sera pas une majorité. Et puis ce sont de belles années à vivre, quand tu as vingt ans, comme homme et comme joueur. Il faut en profiter.

Mais les jeunes qui percent, et qui visent une carrière pro, c’est normal non ?
Sans doute oui. Mais par exemple, à Marcoussis, on y envoie des jeunes prometteurs, que l’on sort de leur équipe, or le rugby est justement un sport d’équipe. Le gars revient le week-end pour jouer seulement. Le meilleur joueur du monde, s’il n’est pas intégré dans son équipe, il deviendra un joueur quelconque. On demande une performance individuelle alors que ça passe par une performance collective avant tout. Il faut aller au combat collectivement, et tout donner pour les copains. Car dans la vie comme dans le rugby, et c’est ce que j’aime dans notre sport, c’est qu’il faut savoir donner avant de vouloir recevoir. Il me semble que ça se perd.

Et pour les côtés positifs de l’évolution du rugby ?
Il y en a beaucoup. En quinze ans, je trouve quand même qu’on a réussi à garder l’esprit du jeu. L’argent ne pourrit pas tout, la médiatisation non plus, on garde des valeurs, on continue à partager, à garder un certain état d’esprit. Il y a toujours cette tradition de la transmission du savoir, comme un héritage que l’on transmet. Et ça, ça me tient à coeur aussi, le savoir-faire est aussi important que le savoir-être.

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Proche des jeunes pour leur transmettre son savoir (photo club)

Ce qui explique ta présence auprès des jeunes autour des terrains ?
J’aime les enfants, j’aime transmettre, les voir faire trois passes. Ca me plaît d’aller au contact des jeunes oui. J’ai crée mes stages de rugby en 2003, je n’avais pas la même notoriété qu’aujourd’hui. Et pourtant, je continue à recevoir des jeunes de 8 à 14 ans pour qu’ils découvrent le rugby, mais aussi la convivialité, en groupe, le plaisir de jouer. Et j’aime d’autant plus cette notion de transmission depuis que je suis papa.

Et tu transmets aussi à tes coéquipiers de la même façon ?
Mais bien sûr, ça s’applique de la même façon. Je transmets sans arrière pensée, sans me dire que le gars à qui je donne un tuyau, va en profiter pour devenir meilleur que moi, ou pour me prendre ma place. Alors que c’est la suite logique des choses. Moi, je suis content de voir un jeune qui évolue, qui progresse, je n’attends que ça. Les jeunes du Stade Toulousain, je leur dis « Mais allez-y, prenez-moi la place, j’attends que ça ! ». En plus, ça me motive (rires). Je suis compétiteur, ça crée une émulation.

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« Qui veut ma place ? »

Le rugby amateur est soumis aux mêmes contraintes qu’en pro, parfois. Pour que le rugby perdure dans certains villages, il est obligatoire de créer des ententes, comme des provinces ou des franchises existent en Irlande ou en hémisphère sud. Toi, le basque de toujours, quel est ton point de vue à ce sujet ?
J’ai défendu étant jeune, les couleurs jaune et noire de l’US Garazi, et chèrement. Mais faute de jeunes dans les écoles de rugby, il a fallu songer à créer un club unique, entre Saint-Etienne-de-Baigorry-Garazi et Saint-Jean-Pied-de-Port qui étaient deux clubs ennemis depuis toujours. Je n’étais pas trop pour, mais l’intérêt général était que les jeunes puissent continuer à jouer. L’entente a commencé par les jeunes avec la création de l’US Nafarroa. Aujourd’hui, ceux qui jouent en première n’ont finalement connu que Nafarroa, donc c’est une belle réussite, avec une présence forte en fédérale 2, et un titre au passage. Je pense que c’est l’avenir du rugby.

Et pourtant la fusion entre Biarritz et Bayonne n’a pas été possible ?
Ce n’est plus possible d’avoir deux clubs au plus haut niveau, séparés de quelques kilomètres. Ca tient à tellement peu de choses. Il y a le côté sportif bien sûr, mais sur le plan financier, le bassin économique d’une région n’est pas extensible. Alors même si ça ne m’enchante pas forcément, l’intérêt général doit primer. Mais ça ne concerne pas que Biarritz et Bayonne, je pense aussi à Tarbes et Pau, Dax et Mont-de-Marsan, et tant d’autres en France. Ces problèmes existent à tous les niveaux, jusqu’en séries, je le sais. En plus, il y a parfois trop de différences entre les équipes, elles ne se battent pas avec les mêmes armes, les mêmes moyens. Il vaut mieux jouer et prendre du plaisir dans une division inférieure, tout en luttant chaque week-end, et pour jouer des phases finales en fin de saison. Plutôt que de se faire broyer et risquer de faire exploser le club.

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4 tournois, dont 3 grands chelems, deux demi-finales et une finale lors des 3 coupes du Monde disputées. Ca en fait quelques souvenirs en bleu (photo MadeinRugby)

Tu trouves que le rugby va dans le bon sens ?
Il y a une restructuration du rugby français, qui est très d’actualité. Je pense qu’il faut prendre les problèmes par le bas, pas par le haut. Préservons et consolidons la base.

Tu es presque en fin de carrière, quel est le meilleur souvenir que tu gardes aujourd’hui ?
Le titre de champion de France avec l’US Garazi. C’est le premier, donc ça compte, mais en plus, c’était avec les copains du village, c’est encore plus fort. On se voit régulièrement, et on en parle à chaque fois. Maintenant, il y en eu d’autres bien sûr, de très forts même, ailleurs, en club et avec l’équipe de France bien évidemment.

Et ton plus mauvais souvenir ?
C’est certainement quand on perd en 2003 contre l’Angleterre en demi-finale de Coupe du Monde. C’était ma première défaite dans cette compétition. J’étais sur un nuage avant, je nous voyais aller au bout, on avait l’équipe pour, c’était un rêve de gamin. La pilule a eu du mal à passer. Je n’aimais pas trop les anglais avant, mais là, ça n’a pas arranger les choses (rires). J’ai appris à relativiser depuis. Avec l’âge, on y arrive. Même la défaite en finale contre la Nouvelle-Zélande en 2011, est mieux passée.

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Avec notre autre parrain, Jean-Marc Doussain

Dernière question, tu as accepté de devenir un des parrains de RugbyAmateur.fr, pourquoi ?
Parce qu’on défend les mêmes valeurs. A partir du moment où on entre sur un terrain de rugby, qu’on soit en équipe de France ou en 4ème série, c’est pareil pour moi, il faut  avoir les mêmes valeurs et les mêmes vertus. C’est donc une très bonne chose qu’il y ait un média qui mette en avant tous les présidents, entraîneurs, joueurs, bénévoles de tous niveaux. Donc pour moi, être parrain de RugbyAmateur.fr c’est m’associer à vous tous, et j’en suis très heureux. Longue vie à RugbyAmateur.fr !

Les yeux dans les yeux avec Imanol (photo Emmeline Saux)
Les yeux dans les yeux avec Imanol (photo Emeline Saux)
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