Le rugby vu par : Eric Olhats (conseiller sportif d’Antoine Griezmann)

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Après Peio Larralde la semaine dernière, c’est Eric Olhats, recruteur à la Real Sociedad et conseiller sportif d’Antoine Griezmann qui nous raconte son rugby depuis le tout jeune âge jusqu’à aujourd’hui…

Olhats
Eric est recruteur pour la Real Sociedad (Saint Sebastien) mais aussi le conseiller sportif d’Antoine Griezmann. (crédit : L’Equipe)

Le rugby vu par Eric Olhats, ça donne quoi en tant que jeune bayonnais?
Dans un premier temps, le premier souvenir est d’accompagner mon papa tous les dimanches quand je suis minot, que ce soit au Boucau qui était en Nationale 1, à Bayonne, à Biarritz. On était beaucoup plus supporters bayonnais que boucalais ou biarrots, j‘ai du coup baigné dans la culture rugby grâce à mon papa. Aujourd’hui, le fait d‘avoir cette culture là fait que j‘aime forcément ce jeu, j‘aime tout ce que ce sport représente et je suis le championnat, les matchs internationaux, je regarde les matchs dès que j‘ai du temps. Bon, par contre, on va pas se mentir, il y a quelques règles qui m‘échappent! C‘est un sport que j‘aime beaucoup.

Quand on est jeune, surtout au pays basque, on oppose souvent ces deux pratiques, les jeunes considèrent que c‘est totalement différent, est ce que ça l‘est vraiment?
Il y a une dissociation à faire par l‘aspect des règles mais après, je sais que quand j‘ai discuté avec des entraineurs de rugby, ils étaient friands de gamins qui étaient passés par le football, cela amène une autre vision de jeu, cela amène souvent de bons buteurs ou du moins un bon jeu au pied. En terme d‘éducation, que ce soit l‘un ou l‘autre, c‘est très important, car tu te retrouves avec tes potes, tu te construits individuellement. Les sports sont différents mais les notions d‘abnégation, de solidarité, de camaraderie sont les mêmes.

Olhats Griezmann
Eric Olhats et Antoine Griezmann, un rapport professionnel mais surtout amical.

Quand on est à Bayonne, il y en a beaucoup pour le rugby, est ce qu‘il y a eu une certaine jalousie ou un regret de n‘être que le deuxième sport lorsque tu étais dirigeant à l‘aviron bayonnais?
Non mais il y a eu pas mal de débats là dessus! A l‘époque, je pensais qu‘on était pas si mal loti que cela, il y avait beaucoup de licenciés, les infrastructures étaient de bonnes qualités. Il faut être aussi réaliste, le pays basque, le BAB est une terre de rugby, c‘est avant tout le ballon ovale et cela fait partie des traditions et de la culture. Il faut l‘accepter en essayant de vivre au mieux, je n‘ai jamais vu le rugby comme quelque chose qui nous empêchait d‘évoluer en tout cas au poste que j‘avais au niveau des jeunes.

On parle de toi maintenant, un parcours dont rêve beaucoup de passionnés de foot mais aussi de rugby, comment est-ce que tu deviens recruteur à la Real Sociedad?
Tu deviens recruteur, c‘est la vie qui fait que tu y arrives, en tout cas me concernant! C‘est à dire qu‘il y a une passion qui doit être le support pour y arriver, il y a ensuite un départ sur Pau où je vis à temps plein de ça. Je fais des rencontres, des connaissances, cela me fait revenir à Bayonne, je commence à travailler à la pige pour Bastia, Sochaux, et à force de travail cela finit par payer. J‘intègre la Real Sociedad par le biais du partenariat de ce club avec la section foot de l‘Aviron Bayonnais. C‘est en fait un peu de compétences, enfin j‘espère (il rigole), beaucoup de disponibilités, un réseau qui s‘est formé petit à petit et, il faut bien l‘avouer, un peu de chance aussi.

A Bayonne, tu étais entraineur, tu es passé un peu plus en retrait, est ce que le banc de touche ne te manque pas?
J‘ai eu cette crainte pendant longtemps car je suis resté sur un banc de touche pendant de nombreuses années. J‘avais un peu d‘appréhension car recruteur, ce n‘est plus gérer mais regarder les autres. Finalement non, l‘âge aidant peut être, le fait d‘évoluer aussi à un très bon niveau de recruteurs, ça ne m‘a pas manqué et ça ne me manque toujours pas. J‘ai découvert les joies du samedi midi tranquille, l‘aspect conflictuel qui disparaît aussi puisque je devais faire des choix par le passé qui pouvaient être mal pris. C‘est une forme de tranquillité et, franchement, les choses ont évolué au niveau technique et tactique, je crois que je ne serai plus à la hauteur pour entrainer!

Tu crois le premier en Antoine Griezmann (il était alors âgé de 14 ans et se voyait refuser l‘entrée de tous les centres de formations français), est ce que tu penses que le sport français passe souvent à côté de pépites de ce genre ?
Avec le recul, je pense que si j‘avais bossé pour un club français à l‘époque, je ne sais pas si j‘aurai pris Antoine. Il n‘avait pas les critères essentiels pour devenir footballeur français. Par contre en Espagne, il remplissait toutes les cases, il n‘y a pas eu de tour de magie, il était dans les standards que l‘on souhaitait dans la formation et par rapport à l‘Espagne. Ensuite, est ce qu‘on passe à côté de ce genre de joueurs? Je pense que oui car c‘est impossible qu‘il n‘y en ait qu‘un seul avec ce talent qui n‘aurait pas percé en France. La logique voudrait qu‘il y en ait d‘autres qui soient passés entre les mailles du filet.

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Une grosse complicité entre les deux…(crédit : Le JSL)

Quand tu le prends, tu le fais comme pour un autre joueur que tu détectes ou bien tu sens qu‘il a quelque chose en plus ?
Je sens une potentialité puisque c‘est la différence entre les pros et les jeunes. Chez les professionnels, il faut être bon dès le dimanche suivant ton transfert, chez les jeunes, on se base sur le potentiel. En ce qui concerne Antoine, il y a une potentialité technique qui est bien présente, qui me parait énorme, et il y a une potentialité athlétique qui est très faible. Mais bon, les parents sont grands, le frangin aussi donc je me dit que l‘aspect technique allié à l‘aspect physique, cela peut faire quelque chose de bien. Après, il y a des aspects qui manquent comme l‘aspect mental et compagnie, je me dis que si cela tourne dans le bon sens, cela peut faire quelque chose d’intéressant sans même savoir s‘il sera pro ou pas.

Quand on fait un coup comme Griezmann, je suppose que ça doit t‘assurer des années de boulot comme recruteur?
Déjà, c‘est une situation très atypique puisque je suis recruteur à temps plein dans une cellule professionnelle et en même temps, et je suis conseiller sportif d‘Antoine avec tout ce que cela implique, ce n‘est pas très évident. Il y a eu l‘approbation de mon président, c‘est déjà très important. J‘ai forcément acquis une petite notoriété parce que j‘ai fait rentrer d‘autres bons joueurs à la Réal, cela fait que si je me retrouve en difficulté, il y aura des opportunités. Il y en a chaque année 2 ou 3 mais j‘aime le pays basque et j‘aime travailler là ou je suis. C‘est vrai que la, je pense, enfin plutôt j‘espère puisqu‘on ne sait de quoi demain sera fait, j‘espère que je ne risque plus grand chose au niveau social.

Les dérives qui arrivent dans le rugby avec des joueurs sous contrats qui sont virés, des rachats d‘années de contrats pour d‘autres qui correspondent à des transferts, cela te fait sourire ou bien tu trouves ça regrettable pour ce sport?
Je trouve que le rugby a eu longtemps et a encore d‘ailleurs des vertus humaines qui sont supérieures à celles du football, des comportements, des attitudes qui sont vrais. Cela vient peut être de l‘amateurisme entre guillemets mais surtout de valeurs différentes. C‘est évident qu‘il faut vivre à son époque et que, maintenant, les médias et plein d‘autres choses ont fait que l‘argent est rentré dans ce sport. Je ne regrette rien du tout, j‘espère seulement que ce sport que je trouve magnifique de part sa spécificité, de part tout ce que cela dégage ne perdra pas de son authenticité tout ça a cause de l‘argent.

Être franc dans le sport de haut niveau, est ce que c‘est payant, je parle ici de toi qui prend ton téléphone pour intervenir en direct à la radio et dire au journaliste présent qu‘il dit n‘importe quoi ou bien ton joueur qui a déclaré la semaine dernière sur un plateau télé qu‘il avait 6 chances sur 10 de changer de club à l‘inter-saison?
On va être sincère, la franchise n‘est pas la chose qui paye le plus. C‘est complexe, pour Antoine, il lâche quelque part une bombe en disant qu‘il a des chances de quitter son club, ça a aussi des bons côtés puisque ça a accéléré les discutions que l‘on voulait avoir avec son club actuel. De mon côté, je ne me pose plus trop la question, je crois qu‘il faut rester dans son caractère, dans sa personnalité, des fois ça plaît et des fois ça ne plaît pas, c‘est comme ça! Quoi qu‘il arrive il y aura toujours des insatisfaits, je préfère rester cash et authentique

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