Du côté des pros : Jean-Matthieu Alcalde (US Dax)

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L’invité est Jean-Matthieu Alcalde, joueur de l’US DAX qui a la particularité d’avoir une double casquette puisqu’il est aussi entraineur des filles de l’ASB. Un maintien très proche avec le club landais, les phases finales avec les neskak, sa fin de saison pourrait se finir en apothéose…

jean mathieu alcalde
Jean-Matthieu enchaîne les matchs en cette fin de saison (crédit : Sud Ouest)

Maintien quasiment acquis ou presque pour Dax avec cette victoire face à Perpignan, vous devez être soulagé de vous avoir donné plus d’air au classement ?
Oui, c’est un peu d’air mais le maintien n’est pas encore acquis. Il reste encore 5 matchs (4 maintenant). On pu voir que Vannes est capable de gagner à l’extérieur donc ça va vraiment se jouer sur la dernière journée. En tout cas, dans la tête de tous les joueurs, on n‘est pas encore maintenu.

Comment expliquer ce très bon début de saison, puis après ce trou d’air qui a suivi ?
C’est vrai que c’est étrange. On fait un beau début de saison, mais on a eu un gros passage à vide où on a enchaîné les défaites. On était dans une spirale négative mais on a su ressortir la tête de l’eau même si ça va être encore un peu compliqué. Je n’ai pas trop d’explications sur pourquoi ça s’est passé comme ça. Il y a eu des blessés dont des cadres importants, des matchs perdus sur des détails en fin de partie et c’est ce qui nous fait défaut.

Comprends-tu l’impatience des supporters, on les sent très critiques envers vous ?
C’est vrai que c’est un public qui vient en nombre au stade Maurice Boyau et même aux entraînements. On sait que quand ça gagne ils sont là, et quand ça perd une partie reste présente mais une autre partie critique beaucoup et c’est dommage. Nous, quand on rentre sur le terrain, c’est pour se donner à fond, on fait tout pour réussir, mais on peut comprendre aussi leur déception. Ça fait 4-5 ans que le club ne se maintient qu’en dernière journée et les supporteurs préféreraient surement viser la qualification.

Toi qui es là depuis quelques années, commencer une saison tout en sachant à l’avance que c’est le maintien qui sera joué, ça doit quand même être pesant mentalement ?
Sur ma première année, on fait une saison fantastique où on arrive en demi-finale. Personne n’aurait mis une pièce sur nous mais on arrive à se qualifier et jouer une demi à Mont-de-Marsan. C’était énorme. Après on a vu le départ de gros joueurs vers d’autres clubs en top 14. La seconde année a été plus difficile et depuis cette année-là, on joue les dernières places. C’est physiquement dur mais c’est surtout moralement où ça commence à peser.

Il y a eu pire, c’était la saison dernière avec l’incertitude sur la montée de Lille, comment on est à ce moment là ? Certains joueurs nous disent que ça a même ressoudé le groupe…
Oui, je pense que ça a ressoudé le groupe puisqu’on ne savait pas trop où on allait. On a été dans une grande impasse. Du coup, on a passé un été difficile en s’entraînant sans savoir dans quelle division on allait être. Après ,dans la tête de tous les joueurs, il y avait l’espoir du maintien. On a eu de la chance avec cette descente financière de Lille, sinon on aurait joué en fédérale I. Beaucoup se sont posés la question c’est vrai, mais on est resté soudé et c’est ce qui a fait notre force à Dax.

On parlait de la perte de cadre et de l’effectif réduit, est-ce que Dax peut durer dans cette division qui est de plus en plus dure avec les moyens actuels, notamment au niveau du budget ?
Il est important de souligner qu’il n’y a jamais eu de problèmes financiers à Dax. Le rugby évolue et on voit des équipes qui montent de fédérale I et qui ont plus de budget que ceux de Pro D2. Ça devient un peu comme le foot, même en Top 14 où on voit des sommes hallucinantes. Je pense que Dax peut encore vivre en Pro D2, mais avec du changement.

Seras-tu encore Dacquois la saison prochaine ?
Oui j’ai encore un an de contrat. Si on se maintient je serais encore dacquois, si on descend c’est un point d’interrogation.

Quel est ton parcours rugby ?
J’ai commencé à 5 ans en suivant les traces de mon père qui était pilier. Je le suivais tous les week-ends et j’ai fini par m’inscrire au rugby. L’état d’esprit et les valeurs du sport m’ont poussé dans ma passion. J’ai fais toute mon école de rugby à La Voûlte et je suis parti en pôle espoir à Villefranche sur Saône et en parallèle j’avais signé à  Aubenas  pour deux ans. J’ai pu évoluer contre des équipes comme Perpignan ou Narbonne en crabos. A 18 ans je suis allé à Montpellier où je suis entré au centre de formation. J’y ai passé 8 ans j’ ai signé mon premier contrat pro avec comme premier match professionnel face à Toulouse. C’était énorme ! J’ai progressé et j’ai pris de l’expérience petit à petit et Dax m’a appelé en 2011 pour signer en Pro D2. J’étais à la recherche de temps de jeu donc je me suis lancé dans ce nouveau challenge. C’est un choix que je ne regrette pas puisque sur les deux premières années, j’ai pu évoluer et me régaler à l’arrière.

Alcalde montpellier
Formé à Montpellier, il a pu arborer ce joli maillot!

En 2013, tu repars à La Voulte alors que tu jouais énormément avec Dax, pourquoi ?
Il y a un gros quiproquo avec les dirigeants de Dax. Je voulais ressigner et eu eux aussi mais, il y a eu une baisse de budget et changement de président. Le club a dû baisser le salaire des joueurs. J’ai eu une proposition qui ne m’intéressait pas. Le président et de Richard Dourthe, l’entraîneur de l’époque m’ont demandé de ne pas signer ailleurs en attendant. Finalement, vu que j’y était bien j’ai voulu ressigner mais ils avaient pris quelqu’un de moins cher. Ça a été un passage difficile où je me suis retrouvé au chômage, puis j’ai eu la proposition de La Voulte en fédérale I. Mon frère qui jouait à Lille y allait donc ça a été l’opportunité de jouer avec mon frangin et de revoir ma famille.

Ton frère joue à Anglet justement, c’est toi qui lui a conseillé la région ou c’est le hasard ?
Il me savait bien ici et avait envie de goûter à autre chose. Il a voulu tenter un nouveau challenge et a eu l’opportunité d’entrer en contact avec Anglet. Ça s’est fait et j’en suis heureux car on est très proche. Aujourd’hui on se retrouve à habiter à 100 mètres l’un de l’autre.

Qu’est-ce que tu retiens de tes années à Montpellier ?
Ça a été mes meilleurs années, rugbystiques mais aussi hors terrain. On avait une équipe jeune et soudée qui faisait beaucoup la fête après les matchs. On a eu de gros joueurs comme François Trinh-Duc, Fulgence Ouedraogo, Sylvain Mirande. Chaque week-end on faisait notre match et on sortait ensemble. Au niveau du rugby j’y ai beaucoup progressé avec Fabien Galthier qui m’a beaucoup apporté même si humainement c’était plus compliqué. Je ne retiens que du positif de ce temps-là mais je ne regrette pas mon choix d’être parti.

Quand tu vois ce club-là aujourd’hui, celui qui t’as offert ton premier contrat pro, qui marche avec beaucoup d’étrangers tu es déçu ou c’est la suite logique en Top 14 maintenant ?
Déçu oui car quand je regarde Montpellier jouer, j’en vois que 2-3 que j’ai côtoyé. On voit que des étrangers mais c’est le Top 14 qui devient comme ça avec beaucoup de stars étrangères et c’est bien dommage. C’est devenu maintenant un business pour tous les présidents, on l’a vu notamment avec la fusion qui devait se faire entre le Racing et le Stade Français. On perd toutes les valeurs mais on ne peut rien y faire, certains y trouvent leur compte. Maintenant je regarde un peu plus la Pro D2 que le Top 14.

Tu as plusieurs casquettes puisque tu entraînes les filles de l’ASB. Quel est ton parcours ?
J’ai entraîné l’équipe première d’Herm (féminines) il y a 4-5 ans. Ensuite je suis passé chez les cadettes du club où j’ai vécu une belle saison avec Titou Proper le manager avec qui je m’entends très bien. Finalement j’ai rencontré Jean-Michel Gonzalez et Christophe Domingo qui recherchaient un entraîneur des ¾. Sachant que je vis sur Bayonne avec ma copine, c’était pour moi l’opportunité de me rapprocher et de découvrir autre chose. Plusieurs casquettes oui, mais je me régale. Le groupe est super, l’ambiance est géniale. Ce sont des filles travailleuses, demandeuses et exigeantes envers elles-mêmes. On est en train de faire un bon championnat, maintenant arrivent les phases finales donc je vous dirai dans un mois si j’ai fait les bons choix.

Pourquoi avoir choisi les filles dès le début et quelles sont les différences ?
La différence est flagrante entre les filles et les mecs. Les filles sont travailleuses, des fonceuses et j’ai du grand respect pour elles car elles ne touchent rien mais s’entraînent plus que les mecs. L’état d’esprit de ce groupe, j’ai rarement vu ça, même chez les garçons. Je me suis greffé au staff mais je me suis très bien intégré. Je prends que du plaisir à les entraîner.

La saison dernière, elles ont perdu en quart de finale, est-ce que t’as peur d’un blocage avec ce match qui arrive ?
Je sais que c’est encore dans toutes les têtes des joueuses. Je n’étais pas encore là cette année-là mais je sais que ça les a fait mûrir et que ça leur a amené de l’expérience pour progresser. Elles savent qu’elles ont fait une erreur et ça va nous servir pour les phases finales. On va encore prendre un quatrième de poule ,on va voir si ça leur a servi de leçon. Elles ont les clés du camion.

Alcalde BG
La photo dossier pour casser l‘image du beau gosse. Désolé Jean Matthieu, c‘était trop tentant!

Est-ce que tu vas continuer d’entraîner l’ASB l’an prochain ?
Je ne sais pas trop encore de quoi est fait mon avenir ni des opportunités que je vais avoir. Je pense que oui mais je dois encore rencontrer Gilles Peynoche le président., donc on verra.

Est-ce que t’aurais envie de faire une carrière d’entraîneur plus tard ?
Pourquoi pas, j’ai le DE (diplôme d‘état) le diplôme pour, mais je sais que c’est assez aléatoire. J’y travaille, ce n’est pas un objectif primordial mais en tout cas, pourquoi pas si l’opportunité se présente par la suite. Je prends de l’expérience avec les filles pour l’instant.

Sans te mettre à la retraite, mais à 31 ans est-ce que tu penses à la suite de ta carrière ?
Je vais même avoir 32 ans au mois mai.! J’ai pensé à ma reconversion, j’ai des diplômes dans le sport notamment deux BPJEPS, plus mon DE. J’ai eu des contacts avec des dirigeants dacquois ou de l’ASB mais c’est vrai que je pense plus à la reconversion qu’autre chose. Ce sport est assez précaire sachant qu’une blessure est vite arrivée. Je touche du bois, je n’ai pas eu beaucoup de blessures, j’ai pu beaucoup jouer.

Un retour vers le rugby amateur comme l’ASB par exemple, c’est envisageable ?
Tout est possible, mais est-ce que j’aurais l’envie de rejouer à ce niveau-là, je ne sais pas. Le côté positif c’est l’ambiance de ce club. Je vois les garçons avec le même état d’esprit que les filles donc pourquoi pas, suivant mon physique et les propositions.

Est-ce que tu comptes rester dans la région à la fin de ta carrière ?
Je suis bien ici et la région est superbe même si l’Ardèche et ma famille me manquent un peu. La vie ici est super sympa donc pourquoi pas rester. Le boulot fera la différence, on verra les opportunités.

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