Du côté des pros : Beñat Auzqui (Bordeaux-Bègles)

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On retrouve Beñat Auzqui, talonneur de Bordeaux-Bègles qui a fait les beaux jours de Tyrosse ou encore Peyrehorade par le passé. Âgé de 33 ans, toujours international espagnol, il espère qualifier sa sélection pour la coupe du monde pour clôturer une carrière inespérée…

Benat Auzqui Espagne
Le maillot espagnol, dernier grand objectif de la carrière du talonneur. (crédit : Sud-Ouest)

Comment s’est passé le tournoi des 6 nations B avec l’équipe d’Espagne ?
Je pense qu’il s’est très bien passé puisqu’on est vraiment dans les objectifs qu’on s’était fixés. Pour la qualification à la coupe du monde, il ne faut pas compter la Géorgie, on est à 3 victoires et 1 défaite en Roumanie. On se retrouve second, à deux points de la Roumanie donc je pense qu’on a fait une très bonne première partie. L’année prochaine on aura un petit avantage vu qu’on va recevoir la Roumanie et ensuite il faudra assurer les victoires et les bonus pour pouvoir espérer cette première place qualificative pour la coupe du monde.

Pour expliquer à tout le monde, pour la qualification, le calcul est fait sur ces deux tournois-là…
Sur ces deux tournois, les matches contre la Géorgie ne sont pas pris en compte (déjà qualifiée). Ils ne rapporteront donc aucun point pour la qualification à la coupe du monde. Ça concerne 5 équipes et c’est sur deux saisons. C’est fait pour que toutes les équipes aient l’opportunité de recevoir et avoir un aller-retour sur tous les matchs.

Sachant que c’est vous qui recevez la Roumanie, l’objectif l’année prochaine sera de les battre pour se qualifier ?
Exactement. La Roumanie a 15 points, nous 13 points et les Russes derrière sont à 9 points. Pour nous, tout reste à réaliser puisque pour le premier match, on va se déplacer en Russie et ensuite on va recevoir la Roumanie. Si on reste sur la même dynamique, et je l’espère, tout sera accessible. Ensuite, il nous restera à recevoir l’Allemagne et la Belgique pour pouvoir espérer décrocher la qualification.

Est-ce que c’est ton objectif premier ? Ça doit être excitant de pouvoir s’offrir cette compétition, surtout pour toi qui n’est pas loin de la fin de ta carrière ?
Oui, bien sûr que c’est l’objectif principal. Surtout que maintenant, on arrive avec un groupe où ça fait quelques années qu’on honore des sélections avec l’Espagne. Pour ma part ça fait 7 ans donc à ce niveau-là c’est mon objectif d’espérer les qualifications directes, ce serait même énorme. Après, il y a toujours la deuxième place où il faut passer par la case barrage. Mais là c’est tellement compliqué que je ne saurais même pas t’expliquer comment on pourrait aller en Coupe du monde. Ce sont des matches et des rencontres improbables.

Je vais te poser la question que j’ai posé à tous, comment s’est faite l’approche pour toi ? Est-ce que tu as tout de suite accepté cette sélection ?
En fait, moi, c’est mon frère qui y était. A l’époque où j’étais à Tyrosse, mon frère était à Dax et lui a été approché par Régis Sonnes. C’est ensuite mon frère qui m’a demandé si ça m’intéressait de venir jouer avec lui pour l’Espagne. Ça s’est fait assez vite vu qu’on a fait un match en Espagne chacun en novembre puis on a fait un tournoi ensemble en 2011. Un peu comme Guillaume et Sébastien (les frères Rouet). J’ai commencé en même temps que Seb, et pour les mêmes raisons : avoir la chance de jouer avec mon frère. La seule différence c’est qu’on ne joue pas au même poste !

Du coup, avec ce parcours, avec l’espoir de peut-être jouer une coupe du monde, est-ce que c’est quelque chose tu conseilles à tous les jeunes du Pays Basque ?
L’aventure avec l’Espagne c’est énorme. On voit une autre manière de voir le rugby, une autre ambiance, un autre pays. C’est un truc que je conseille à tout le monde. Après bien sûr si le jeune est un espoir français, vaut mieux qu’il attende parce qu’il ne va pas gagner sa vie en Espagne, loin de là. Pour des cas comme nous, les frères Rouet, et Sébastien Azcarat, c’est une opportunité de jouer à un niveau international et en plus de jouer une coupe du monde, le rêve qu’on ne peut vivre qu’avec l‘ Espagne.

Est-ce que le club t’as déjà posé problème pour te libérer sachant que c’est le tournoi des 6 nations B ?
Moi vu mon parcours non. Quand j’étais à Tyrosse je prenais sur mes congés personnels et le club ne m’a pas posé problème. A Bordeaux non plus. C’est un échange avec le manager pour pouvoir aller y jouer. Même quand je ne jouais pas avec la sélection, je ne jouais pas forcément non plus à mon poste en club. J’ai donc pu m’y rendre chaque année. J’en suis à 30 sélections, sur 7 ans, ça fait un peu plus de 4 matchs par an.

On va passer justement au club, comment expliquez justement cette saison décevante à Bordeaux ?
C’est une question à laquelle tout le monde aimerait répondre. On a fait un bon début de saison avec une bonne place au mois de Novembre, puis, en Décembre la défaite face à Pau à la maison, marque le début d’une autre saison mais négative. On a du mal à s’en sortir, on a eu un remaniement au niveau du staff et là on veut terminer au mieux cette saison. C’est vrai qu’on a connu un sacré trou noir et le staff travaille pour s’en sortir.
Notamment face au Bayonne, on a senti une équipe un peu démotivée, sans envie. Tu ressens dans le groupe une certaine lassitude ou pas du tout ?
Non pas du tout. Je pense que les joueurs ont essayé tout de même. On est dans une spirale négative. Face à Grenoble, les prestations ont été excellentes. On a pu voir de très belles choses. Mais, apparemment,lors de la première mi-temps face à Bayonne, on est retombé dans nos travers et au final au lieu d’une victoire qui aurait pu nous relancer, c’est une défaite. Donc non, les joueurs sont au travail, mais il manque ce petit grain de chance pour relancer la machine.

Comment es-tu contractuellement, est-ce que tu seras toujours à l’UBB la saison prochaine ?
Non moi c’est ma dernière année à l’UBB. J’y ai réfléchi, et j’avais le souhait de me rapprocher de ma famille qui est entre Dax et Tyrosse. Ça faisait 4 ans que je faisais la route, j’ai eu une fois l’opportunité de me rapprocher je n’ai pas pu la saisir étant sous contrat, mais maintenant oui. J’arrive à mes 34 ans comme Ole Avei, il prolonge donc pour moi ce sera la fin de l’aventure bordelaise mais sans regrets.

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En fin de contrat à la fin de la saison, ce serait une bonne pioche pour beaucoup de clubs (crédit : Rugbyrama)

Se rapprocher de Dax, ça veut dire quoi, on va te voir sous les couleurs dacquoises l’année prochaine ?
Pas forcément Dax, mais pourquoi pas n’importe quel club de Pro D2. Je suis à la recherche d’un club donc j’étudie toutes les possibilités. Pour le moment, c’est assez calme mais j’espère que ça bouge. Si ça ne bouge pas, je suis en disponibilité de la fonction publique donc je reprendrais mon travail au mois de septembre.

Explique-nous ton parcours rugby ?
J’ai commencé le rugby à Garazi jusqu’à mes 19ans pour ma dernière année junior. Ensuite je suis allé à Dax pour rejoindre mon frère qui y était depuis un an. J’y ai passé deux saisons, dont la dernière où j’ai été blessé toute l’année suite à un accident. Après ça a été la fin des études, et j’ai décidé de me lancer dans la vie active. Le club de Peyrehorade m’a contacté et m’a trouvé un travail. Vu ce que le club m’avait trouvé, je leur ai promis que je resterai au moins 5 ans. Après mes 5 ans à Peyrehorade j’ai fait 4ans à Tyrosse et là je termine ma 4ème année à l’UBB.

Peyehorade, Tyrosse, Nafarroa, il y a un moment où tu t’imaginais partir vers le monde professionnel, vers un club de TOP14 qui joue les premiers rôles ?
Non, c’était impossible pour moi. C’est justement grâce à l’Espagne que j’ai pu connaître ça, c’est Régis Sonnes qui m’a fait venir en équipe nationale puis quand il est arrivé à Bordeaux, il m’a contacté car il savait que j’étais disponible et il cherchait un troisième talonneur. Je suis donc parti pour un an à Bordeaux, puis deux ans et maintenant cela fait quatre ans que j’y suis. Tout ça pour dire que je ne m’y attendait pas du tout. J’avais eu quelques touches à Tyrosse pour jouer en PROD2 mais sans suite. Quand on joue en Fédérale 1, cela se joue souvent sur un coup de chance, il faut que l’entraîneur y croit, dans mon cas, si Régis n’avait pas cru en moi, je n’aurai jamais connu le TOP14.

Ce n’est pas encore fini pour toi, mais est ce qu’il n’y a pas un regret de ne pas avoir joué à Dax, Biarritz ou Bayonne ?
Non pas du tout, je me suis éclaté dans tous les clubs par lesquels je suis passé. A Peyrehorade j’ai fait 4 années de phases finales, quand on a 22ans c’est énorme. A Tyrosse j’ai vécu aussi les phases finales dont une demi finale d’accession en PROD2 perdue, ça a été des moments magiques des moments que tout le monde rêve. Que ce soit sur et en dehors du terrain on s’est éclaté, donc pas de regrets de ne pas avoir connu d’autres clubs professionnels.

Est ce que tu considères qu’il y a beaucoup de joueurs comme toi qui peuvent passer à la trappe et passer à côté d’une carrière pro ?
C’est sûr ! Dans mon cas quand j’avais 18ans à Garazi, mes entraîneurs n’auraient pas mis une pièce sur le fait qu’un jour je joue en TOP14!. Cela dépend aussi du joueur et de son évolution. Les joueurs sont repérés de plus en plus tôt et suivent un cursus très spécial aujourd’hui même s’il y a encore quelques joueurs qui sortent de Fédérale. Je pense que pour les jeunes, la Fédérale est très utile mais beaucoup passent à la trappe. Je pense aussi que la première raison est que les joueurs ne se sentent pas totalement concernés par ça et ils ne mettent pas les moyens nécessaires pour arriver à ce niveau là. Ils jouent, prennent du plaisir et c’est peut-être là le plus important !

33 ans, tu es plus vers la fin que du début, tu dis que si ça ne bouge pas ce n’est pas grave et que tu repartirais vers ton boulot, mais un retour vers le rugby amateur est envisageable ?
C’est certain. Après ma carrière professionnelle, je retournerai en Fédérale. J’y ai passé presque 10ans donc avant d’arrêter complètement j’irai faire une ou deux saisons dans le monde amateur sans problème.

Tu es abonné à notre journal CBL Ovalie, cette attache avec le rugby amateur c’est important pour toi ?
Comme je te le disais, j’ai passé 10 ans en Fédérale, donc que ce soit les équipes ou les joueurs j’en connais pas mal, en Fédérale 1 à Tyrosse, St Jean de Luz ou en Fédérale 2 avec Peyrehorade, Nafarroa et consort… J’y prête beaucoup d’attention, surtout maintenant quand les choses commencent à se préciser avec les phases finales.

Du coup pour ton retour, Peyrehorade, Tyrosse ou Nafarroa ?
(il rigole) C’est la grande question, mais cela va dépendre aussi de ma forme et suivant l’âge auquel je vais revenir. Actuellement vu ma situation,plutôt à Tyrosse, mais si j’ai encore un an ou deux de contrat supplémentaire en pro, la Fédérale 1 à 36ans, ça va commencer à piquer car les mecs sont de plus en plus costauds. Je verrai cela au moment venu et quand ma situation sera plus précise.

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