Rugby d’ici : Mickael Bert (Hagetmau)

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Rugby d’ici cette semaine avec un amateur un peu spécial puisqu’il jouait encore en PROD2 la saison dernière. Le deuxième ligne Mickaël Bert est venu pour amener son expérience au club d’Hagetmau en deuxième ligne…

Un joueur combatif, ça doit piquer en Fédérale 2 pour les adversaires...(crédit : PHOTOPQR/SUD OUEST/Dequier Loïc )
Un joueur combatif, ça doit piquer en Fédérale 2 pour les adversaires…(crédit : PHOTOPQR/SUD OUEST/Dequier Loïc )

Comment se passe cette saison du côté d’Hagetmau?
Après un début de saison difficile, on a bien fini l’année 2016 avant de bien reprendre en 2017, on avait un mois de janvier déterminant et on a gagné contre les 3 premiers de la poule et ça nous a conforté et motivé. On reste quand même sur deux matchs décevants, d’abord un déplacement à Salles où on perd le point de bonus à la dernière minute et la réception de Morlaas qui marque un essai transformé sur la dernière action et obtient le match nul. Le début d‘année est très bon mais, malheureusement, il va nous manquer quelques points pour espérer se qualifier en sachant que l’on a un déplacement du côté de Gimont qui va être déterminant. On va y aller pour gagner mais si le résultat ne suit pas, on pourra dire au revoir à la qualification, ce sera quasiment sûr.

Comment expliquer ce changement dans l’équipe après un début de saison moyen?
On a eu pas mal de blessés en début de saison, le groupe ne se connaissait pas trop. Ensuite, on a enchaîné les bonnes performances, on était dans le rythme physiquement. L’effectif n’est pas très étoffé donc on ressent quand même de la fatigue, on peut rajouter quelques blessés de longues dates et des suspensions, ce qui explique les deux dernières performances où nous n’avons pas de jus pour aller chercher plus, on perd 4 ou 5 points qui vont nous manquer pour la qualif‘.

Ta venue peut étonner, quels sont les objectifs du club à court terme, toujours de la fédérale 2 ou bien il y a une envie d’aller au dessus?
L’envie était de bien vivre, de prendre du plaisir et surtout d’en donner. On voulait se qualifier, vivre des phases finales, c’était le but en début de saison même si cela a été revu à la baisse après le début de saison, on parlait plus du maintien qu’autre chose. Le groupe s’est ressaisi, la victoire sur le terrain d’Orthez nous a redonné confiance, on essaie tous les dimanches de grappiller place après place pour essayer de se qualifier. Ensuite non, je ne pense pas qu’Hagetmau possède les capacités humaines de jouer les phases finales pour monter, on a un effectif réduit, un banc assez pauvre. Dès que l’on a un peu de blessés, des joueurs suspendus, on est vraiment en difficulté.

Comment est composé votre effectif, beaucoup de joueurs du club ou bien ça ratisse large?
Des joueurs du cru, des joueurs qui viennent d‘ailleurs, c’est un mélange. On a un effectif 100% français, 0 étranger, c’est dans la politique du club. Des cadres étaient blessés en début de saison donc on a eu l’éclosion de petits jeunes de 18 19 ans qui ont pu s’aguerrir et qui sont aujourd’hui toujours titulaires. Le club fait avec ses moyens, ne va pas au delà, on joue avec des valeurs que j’avais sans doute un pu oublié lorsque j’étais chez les pros. Aujourd’hui, je retrouve de la simplicité, des bons gars, on est aussi coaché par deux personnes compétentes : Olivier Toulouze et Jérôme Labat qui sont vraiment parfait humainement. Cette expérience est très intéressante à vivre.

Meneur d‘hommes, quand il parle, on écoute forcément…Meneur d‘hommes, quand il parle, on écoute forcément…(crédit : SO)

Est ce que tu peux nous expliquer comment on te retrouve dans ce club?
D’abord, je ne suis pas renouvelé à l’US Dax en sachant que physiquement je me sentais bien physiquement. J’ai été contacté par pas mal de clubs de Fédérale 2 et de Fédérale 1 mais je n’avais pas trop envie de bouger. J’avais envie de construire ici, de m’installer dans les Landes, la politique du club d’Hagetmau, son passé, son ambiance ont plu a certains joueurs de Dax que j’ai côtoyé qui ont passé quelques saisons là-bas. Ils m’ont tous conseillé d’aller me faire plaisir en me disant que c’était un super club, c’était important pour moi de finir en redonnant un peu au rugby, en retrouvant certaines valeurs qui n’existent plus dans le monde pro.

Est ce que tu as envie de continuer la saison prochaine?
Ça dépendra de ma situation professionnelle puisqu’aujourd’hui je suis gérant d‘une société de lavage auto, ça me prend pas mal de temps. Est ce que je vais me lancer dans ça à 100% ? Je ne sais pas encore. Est ce que le club peut me proposer quelque chose d’intéressant ? On va perdre pas mal de joueurs, c’était le cas la saison dernière donc il faudra s’étoffer par rapport à ça, savoir si les entraîneurs en place vont rester car on a un lien de confiance, c’est très important quand tu arrives à un certain âge, ne pas se prendre la tête. Pour finir, si le corps suit, pourquoi pas sachant qu’on s’entraîne beaucoup moins, les articulations sont assez fatigués, j’arrive à 37/38 ans, je sais que l’envie sera là, je ne me pose pas cette question mais il faut que le corps suive.

Ce passage par l’amateur après ta carrière pro, tu le voulais, tu l’avais imaginé ou bien c’est un concours de circonstances ?
Je voulais continuer un an en Pro et tirer ma révérence mais voila… Arrêter du jour au lendemain, c’est très compliqué, quand tu es habitué à jouer depuis tout gamin. J’ai été aussi bluffé par le niveau de la Fédérale 2, par la qualité de certains joueurs qui pour moi ont autant de compétences que certains professionnels, surtout avec le peu d’entraînements qu’il y a. C’est une division que je découvre mais je ne regrette pas mon choix. C’est intéressant car c’est beaucoup moins structuré, c’est beaucoup plus de rugby, il y a beaucoup de prises d’initiatives ce qui est très rare dans le monde pro. C’était donc aussi une envie de retrouver du plaisir, s’enlever la pression du résultat qui pèse sur le monde professionnel.

Tu n’es pas d‘ici, tu es de Montpellier à la base, pourquoi avoir choisi de continuer ta vie dans ce coin?
J’ai quitté Montpellier par manque de temps de jeu à l’époque. C’est Marc Liévremont à l’époque qui m’avait fait une proposition pour venir à Dax, j’avais aussi des joueurs de Montpellier qui avaient vécu de très belles années là-bas. J’avais toujours vécu chez moi, j’avais tout connu, j’ai décidé de tout remettre en question et de partir. Aujourd’hui, je suis tombé amoureux de la région, des gens d’ici, du climat, de la joie de vivre, de tout ce qui fait le Sud-Ouest! On m’avait dit que si je goûtais à cette région je n’en partirai jamais et aujourd’hui, je ne me vois pas du tout repartir du côté de Montpellier, ma famille est très bien ici, c’est un cadre parfait pour eux. Mon projet professionnel est ici et je me sens bien dans les Landes.

L‘équipe d‘Hagetmau profite de toute l‘expérience de l‘ancien dacquois (crédit: SA Hagetmau)
L‘équipe d‘Hagetmau profite de toute l‘expérience de l‘ancien dacquois (crédit: SA Hagetmau)

Tu m’as parlé de ta société de lavage auto, c’est ton activité professionnelle aujourd’hui?
Je suis gérant de stations 7 jours sur 7 24heures sur 24 avec des portiques de lavages et lavage haute pression. J’ai lancé ça il y a 2 ans et je me donne encore 2/3 ans pour développer cette affaire là, trouver d’autres créneaux et d‘autres sociétés à racheter. J’avais un cursus d‘espaces verts/jardins, j’avais un emploi rattaché à la mairie de Montpellier d’où j’ai démissionné il y a un an et demi deux ans pour finir mon contrat à l’US DAX. C’est un nouveau départ, un nouveau challenge, quand tu en vis dans un monde professionnel tous les week-ends, tu sais te remettre en questions pour essayer de le relever.

Tu l’as abordé, je suppose que tu es déçu de ne pas avoir prolongé à Dax, je sais que tu en avais envie?
Oui, on a été plusieurs à vouloir continuer l’aventure. C’était très compliqué la saison dernière puisqu’on ne savait pas trop dans quelle division on allait jouer en début de saison (NDLR : Maintien en PROD2 car Lille n’a pas pu monter), cela avait renforcé le groupe,. Je me sentais tout simplement bien physiquement même si on n’a jamais trop envie de raccrocher. La décision a été prise par le staff technique, on me l’a annoncé après la victoire contre Perpignan et le maintien acquis que l’on ne comptait pas sur moi pour la saison suivante. Cela a été forcément un peu compliqué à avaler puisque quand tu passes plusieurs années dans un club, tu t’y sens forcément attaché, il y a des dizaines ou des centaines de joueurs qui vivent cela à Dax ou ailleurs donc une fois que le deuil a été fait, je suis très satisfait aujourd’hui d‘avoir mis un terme au monde professionnel même si ça me manque. Je suis de très prés les résultats, je tiens encore de bonnes relations avec les joueurs, chaque chose en son temps, j’en ai bien profité, maintenant je passe à autre chose et , de toute façon, il fait plus chaud le dimanche à 15 heures que le vendredi soir!

Dernière question là dessus, le constat à l’US DAX est toujours le même, manque de banc, est ce que ce n‘est pas encore plus rageant du coup qu’on refuse de prolonger des joueurs qui veulent rester ?
Cette saison, les garçons avaient fait vraiment le plus dur en début d’année, ce sont des cycles, peut être qu’ils vont réussir à enchaîner 3/4 matchs de suite. Physiquement, le groupe est assez limité en qualité quantitative puisqu’on était il me semble 7/8 joueurs a ne pas être reconduits pour seulement 3 arrivées. Forcément, le groupe s’est restreint, le club le savait, le budget n’est pas non plus extensible, les dirigeants ont du faire des choix. Ils savaient qu’ils allaient être dans le dur mais ce qu’ils font est assez remarquable. Je pense que ce qu’il manque à l‘US Dax est de savoir tuer les saisons, le match contre Narbonne à domicile il y a deux semaines aurait assuré le maintien définitivement. Heureusement qu’ils ont fait le boulot ce week-end contre Angoulème. Pour Dax, on va dire que la saison est quand même bonne car l’équipe a fait des bons résultats que ce soit à domicile ou à l’extérieur.

Le rugby pro, tu t’y vois y repartir ?
Aujourd’hui non, je ne me sens pas encore prêt. Le rugby pro est aussi un monde de «renards»! Tout est beau vu de l’extérieur mais quand tu ressors de ce monde là, quand tu prends du recul, tu vois qu’il se passe certaines choses. Je ne ferme pas la porte, j’ai entraîné les jeunes à Dax, j’ai aussi mon fils qui va certainement basculé sur du rugby l’année prochaine donc pourquoi pas encadrer des équipes de jeunes. Si un jour j’ai l’opportunité d’entraîner plus haut pourquoi pas mais pour l’instant je prends du temps en famille et un peu loin de tout ça.

Est ce que les joueurs adverses te reconnaissent, as-tu un traitement particulier sur le terrain?
Il y a eu quelques échauffourées oui! On n’est pas forcément ciblé à chaque match mais on se fait brancher. C’est un peu la logique des choses, nous aussi quand on jouait de grosses équipes avec de gros joueurs, il fallait montrer qu’on était présent et mettre un peu de pression. Après, ce n’est pas forcément méchant, c’est aussi une forme de respect, a moi aussi de leur montrer que je ne suis pas la en vacances.

250 matchs en pro, tu n’as pas encore arrêté mais ce n’est plus la même intensité de travail, cela t’a fait quoi cet été quand tes ex coéquipiers reprenaient le chemin de l’entraînement, un soulagement de ne plus souffrir ou un manque?
Oui, il y a forcément eu un manque. Après, quand tu fais ça pendant des années, je m’engage encore a aller faire deux séances de musculation par semaine, faire des footing, m’entretenir en somme. Ta tête et ton corps sont habitués à ces efforts, ils te le réclament. Par contre, ce qui ne me manque pas, ce sont les longues journées d’entraînement pour ne jouer que quelques minutes le week-end. Tu es présent 6 jours sur 7 même si tu n’es pas sur le terrain, tu es en musculation, en soin en récup. Tu es toujours obligé de faire attention, quand tu es invité quelque part, tu fais attention à ne pas trop boire, à ne pas trop manger pour être performant le week-end. Tout ça ne me manque pas du tout, comme je t’ai dit il y a un temps pour tout. Si jamais Dax était en position de faire des phases finales, je dirai que oui, ça me manquerait vraiment et j’aurai voulu faire une dernière saison satisfaisante, mais quand on a joué le maintien pendant plusieurs saisons et que je savais que ce serait le cas encore cette année, ça fait aussi du bien d’arrêter car ça use mentalement.

Tu étais devant le match de l’équipe de France, verdict, qu’est-ce qu’il nous manque?
De l’expérience, notamment sur le jeu au pied. Les irlandais, sur leurs temps forts, nous ont mis un jeu au pied de pression, on est du coup mal sorti de notre camp. Je pense qu’il y a vraiment du potentiel dans cette équipe, on est encore jeune mais on s’emmerde beaucoup moins devant la télé qu‘il y a quelques années. C’est vaillant, la défense est vraiment de très haut niveau . Il faut être patient, je sais que c’est compliqué en France, on en manque, on veut tout changer dès que les résultats ne sont pas là alors qu’il faut construire. On a 4 ans pour aller à la coupe du monde, les anglais l’ont fait après avoir été champion du monde, ils ont gardé un groupe pendant 4 ans, je pense qu’il y a un gros potentiel sachant qu’il nous manquait encore des joueurs cadres.

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