Du côté des pros : Raphael Saint André

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L’invité de cette semaine est Raphael Saint André, entraineur de Dax. S’il a passé une saison compliquée l’année dernière, c’est tout l’inverse dans ce début de championnat malgré un calendrier compliqué.

Un début de saison avec des matchs compliqués et pourtant vous créez des surprises, est ce que vous vous attendiez à un tel début quand vous avez vu le calendrier ?

Effectivement, en voyant le calendrier on s’attendait à ce que ce soit très dur. On a pris l’option de faire une grosse préparation pendant plus de deux mois afin d’attaquer fort la saison et d’accéder rapidement dans la meilleure partie du tableau. Les facteurs ont fait que pour l’instant ça a basculé pour nous, malgré un calendrier compliqué on a su tirer notre épingle du jeu. Il n’y a eu que cinq matchs joués pour l’instant donc il ne faut pas tirer trop d’enseignements et il faut rester très vigilent sur la suite.

Vous vous maintenez grâce à la descente de Tarbes, peu de mouvements à l’inter-saison, ça doit quand même faire peur non ?

Oui, forcément on sait qu’on ne fait pas parti des favoris de la PROD2, on a un des plus petits budgets de la division. La saison dernière a été tiré par les cheveux sur une situation exceptionnelle en étant sauvé début septembre quasiment, on n’avait pas pu préparer la saison donc elle a été compliquée à aborder, mais on avait senti de la qualité dans ce groupe et en gardant cette cohérence et cette cohésion avec les joueurs il y avait peut-être moyen de faire quelque chose. Pour l’instant c’est bien parti, mais on attend confirmation.

Changement de présidence aussi à la tête du club, ça aurait pu vous faire changer de plan ?

Non, cela n’a pas modifié énormément les choses. On est resté sur le même staff, les mêmes joueurs quasiment avec seulement trois arrivées à l’inter-saison, le projet reste à peu près le même.

Qu’est ce qui a changé selon vous par rapport à la saison précédente ?

On s’est préparé tout simplement ! L’année passée, on a eu 22 nouveaux joueurs, les derniers sont arrivés fin septembre, début octobre, on n’a pas pu faire de pré-saison, on n’a pas pu s’entraîner ensemble, on n’a pas pu s’entraîner physiquement ni rugbystiquement donc cela annonçait une saison compliquée. Cette année on a eu tout cela, on est parti sur la ligne de départ, alors que l’an dernier on est parti sur un 110 mètres haie et les autres sur un 100 mètres plat.

Il y aussi l’apport d’un buteur en réussite, Nicolas Cachet, c’était vital pour vous de recruter dans ce sens ?

C’est clair que pour l’instant, Nicolas Cachet mais aussi Adrien Bau ou Ignacio Mieres sont en réussite, donc c’est sûr que cela nous fait du bien.

L’année dernière, comme cette année, on a retrouvé une équipe très joueuse, ça n’est pas rageant de perdre contre des équipes qui ne montrent rien, ça ne donnent pas envie de changer de philosophie ?

(il rigole) C’est sûr, c’est embêtant. Il y a certains matchs où on a l’impression de tenir le ballon, de se faire des passes, d’envoyer du jeu et arrive un maul adverse bien construit, on prend une pénalité qui nous fait perdre 50 mètres… Le rugby est comme ça, il faut savoir tout faire, il faut savoir déplacer le ballon mais il faut aussi savoir combattre, être bon sur les phases statiques. Le rugby est un sport qui offre une palette très étendue de jeu, de style de jeu, à nous de sortir le bon jeu au bon moment. Porter le ballon c’est bien, l’envoyer sur les extérieurs c’est extraordinaire, mais il n’y a pas que ça, il faut savoir combattre et j’espère que l’on va continuer à être capable d’alterner notre jeu, car pour être une bonne équipe, il faut alterner.

C’est une Prod2 un peu folle cette saison, après 5 matchs, où est ce qu’on peut situer votre équipe ?

Je ne sais pas pour le moment. J’espère que l’on sera dans la première partie de tableau. Si on peut basculer et rester dans les 10 premiers durablement, ça serait bien. Il n’y a eu que cinq matchs, c’est vraiment difficile de tirer des enseignements, il y a un nouveau bloc de 5 matchs qu’on attaque la semaine prochaine, je pense qu’on en saura plus à l’issu de ce bloc, sur les forces en présence. Quand on voit Perpignan avant-dernier, est-ce que c’est réellement leur place ? Je ne pense pas, ils vont certainement réagir, donc il faut attendre encore un peu pour connaître les forces et les faiblesses de chacun.

La défaite à Bourgoin, c’est un léger relâchement d’une équipe qui a beaucoup donné ?

Oui, il y avait un peu de fatigue. Je pense qu’on était un peu trop dans l’euphorie, on a eu du mal à redescendre sur terre après cette victoire contre Oyonnax et celle à Perpignan, c’est la dure réalité du rugby. Le réalisme Berjalien nous a vite ramené sur Terre, donc à nous de savoir rebondir et de montrer que Bourgoin reste un accident et que l’accident n’est pas d’avoir battu Perpignan ou Oyonnax. Il faut que l’on reste constant sur les performances, ce que l’on a pas su faire à Bourgoin.

Est-ce que le match perdu à Mont de Marsan en supériorité numérique est aussi un regret?

Non, ce jour là on fait un bon match de rugby, mais on tombe sur une équipe qui a su se retrousser les manches à 14. Les montois n’ont pas été mauvais ce jour là non plus, ils ont mérité leur victoire. On a marqué 4 essais mais on a été trop indiscipliné surtout en fin de match, c’est la loi du rugby. Cette défaite  a été aussi un déclencheur au niveau de la conscience pour les joueurs, elle nous a permis de préparer correctement le déplacement à Perpignan.

Les promus qui tiennent la dragée haute pour le moment, ça doit faire peur quand on est censé jouer le maintien ?

C’est étonnant, on attendait pas Soyaux et Vannes à un tel niveau. Pour l’instant, ils sont vraiment surprenant, ils font très très bon début de saison. Ce sont des promus qui ont bien préparé la montée, il y a 6 million de budget à Vannes, 5,5 million à Soyaux, ils ne sont pas montés en slip et en chaussettes, ils sont montés sur un projet à long termes avec des ambitions et des moyens. Pour le moment, le début de saison leur donne raison.

Vous parliez des faibles moyen de Dax, est-ce que ce club peut perdurer en Prod2 ?

Bien sûr ! C’est un club qui a une vraie valeur culturelle, qui a un historique, c’est une terre de rugby même s’il y a de la concurrence autour avec Mont de Marsan, Tyrosse, Bayonne. C’est  une effervescence  d’avoir beaucoup de clubs dans le coin, cela permet aux joueurs d’évoluer sur des horizons différents, de progresser les uns, les autres. Donc oui, je pense que Dax a sa place et peut être un club différent, pas forcément basé que sur des moyens financiers, mais sur de la formation sur le territoire et sur les valeurs du rugby.

Dax aura beaucoup de mal à retrouver le TOP14 mais, est ce que personnellement vous voulez y retourner ?

Il ne faut pas rêver, pour l’instant Dax n’est pas équipé pour le TOP14. Il y a un gouffre qui s’est créé , quand on voit les budget du TOP14 aujourd’hui, on ne peut plus y aller. Quand on voit une équipe comme Bayonne qui a été assez facile en PROD2 souffre énormément en TOP14, donc non ce n’est pas l’objectif. Déjà, arrivons à nous stabiliser en PROD2, on aura fait du bon travail. Ensuite pour ma part je suis très bien à Dax, je suis très bien en PROD2, je n’ai pas l’ambition plus que ça d’aller en TOP14, mais on ne sait jamais ce que l’avenir nous prévoit.

Que pensez-vous du nouveau règlement pour les JIFF à partir de la saison prochaine ?

C’est bien de donner du temps de jeu aux joueurs français. Aujourd’hui, les clubs ont énormément de joueurs étrangers des îles, il y a de moins en moins de français qui évoluent, on le voit en équipe de France, cela nous a coûté très cher sur la dernière coupe du monde. Donc oui, il faut que les français jouent ! L’apport étranger, culturel ça fait du bien, mais il faut que cela reste dans des proportions raisonnables. Je pense qu’un tiers de joueurs étrangers, un tiers de joueurs du cru et un tiers de joueurs nationaux français serait un bon équilibre.

D’ailleurs, comment se porte le rugby français ?

C’est paradoxal, on a un TOP14 rugby-buisiness qui se porte bien et on a une équipe de France en difficulté, certainement à cause du nombre d’étrangers qui évoluent dans notre championnat. On a jamais eu autant de médiatisation de notre sport, mais aussi des maux qui arrivent auxquels il faut que l’on fasse attention. Le rugby a une crise de croissance, on arrive à un palier qui va falloir savoir passer, sur les 20 dernières années je pense que c’est le sport qui a le plus évolué. Il y a 20 ans, on parlait tous de Basket ou de Hand et peu de rugby, aujourd’hui il est devenu le deuxième sport national.

Vous disiez être bien à Dax, vous en êtes où contractuellement, vous vous voyez encore rester longtemps dans ce club ?

Il me reste un an de contrat, j’espère d’une part aller au bout puis ensuite on verra pour l’avenir. Faisons une bonne saison, ensuite pourquoi pas continuer ici, la vie dans le sud-ouest est très sympathique.

Avant d’arriver à Dax, vous êtes passé par deux sélections, quel est le métier qui vous plaît le plus ?

C’est complètement différent. Le club c’est beaucoup de contraintes journalières, il y a des fois de la lassitude, c’est parfois compliqué car la pression est là tous les jours, alors qu’une sélection c’est un peu plus espacé dans le temps. On a les joueurs moins souvent, on a plus de temps pour respirer mais parfois ça manque aussi car on perd le rythme de travail et on a envie d’avoir les joueurs un peu plus souvent parce qu’on bosse souvent dans l’urgence en les ayant parfois qu’une semaine avant match. Ce sont deux métiers différents, je pense que d’alterner plusieurs saisons dans un club et quand on se sent un peu fatigué de faire de la sélection, c’est pas mal.

En parlant de métier, votre frère est devenu consultant sur SFR Sport, c’est quelque chose qui pourrait vous plaire ?

Je l’ai fait deux saison sur Canal+, c’était très intéressant, on aborde le rugby différemment, sans pression, pourquoi pas le refaire, pour l’instant je suis bien à Dax, on verra par l’avenir.

Vous avez jouer en Angleterre qui semble devenir le nouvel eldorado pour les joueurs, est ce qu’une expérience outre manche vous intéresserait ?

J’aimerai bien oui. Quand j’y suis allé comme joueur, cela m’a énormément ouvert l’esprit, j’ai vu des méthodes de travail différentes, un mentalité et une façon d’aborder le rugby complètement différente. L’échange culturel est toujours important, j’aimerai le vivre un jour en tant qu’entraîneur et c’est un projet de vie qui pourrait me plaire, emmener mes enfants là-bas, apprendre l’anglais, leur montrer qu’il n’y a pas que la France qui existe, qu’il y a pleins de gens dans le monde qui vivent différemment, ça serait culturellement intéressant.

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