Du côté des pros : Quentin Lespiaucq

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L’invité de cette semaine est Quentin Lespiaucq, talonneur de la section paloise qui s’impose petit à petit comme le titulaire dans son club. Il utilise beaucoup le mot chance pour parler de sa précocité mais c’est surtout beaucoup de talent et de travail pour ce joueur qui s’annonce prometteur. Interview réalisée avant le match contre le Stade Français.

1 seule victoire en 4 matchs, c’est un début de saison plutôt décevant ?

Oui, c’est un peu décevant surtout que l’on bosse bien. Il manque encore quelques petits détails qui sont importants pour gagner les matchs, le match contre Toulon est un bon exemple. Le groupe n’est pas inquiet pour la suite, on sait qu’en bossant bien comme ça, c’est obligé que ça paye mais il faudrait que ça paye vite et dès le match contre Paris ce week-end.

Beaucoup de changements dans l’équipe, cela vient de là aussi, vous êtes encore en rodage ?

Il y a quand même une bonne ossature de la saison dernière, on ne peut de toute façon pas se cacher derrière ça, on est tous ensemble depuis mi-juillet donc il faut régler tous les problèmes et enclencher la seconde.

Ce changement de stature avec des recrues phares comme Armittage notamment, c’est inévitable pour se maintenir ou viser plus haut en TOP14 ?

Vu que le TOP 14 augmente de niveau d’année en année, il faut avoir des joueurs avec de l’expérience qui te tirent vers le haut. Ce sont des choix de recrutements judicieux pour les saisons qui viennent et qui correspondent totalement à la volonté des dirigeants de pérenniser le club à ce niveau.

Personnellement, tu as déjà 3 participations dont 2 titularisations, c’est un début de saison très satisfaisant pour toi ?

Oui, c’est sûr que je ne peux qu’être content, c’était mon objectif dès la fin de saison dernière, il fallait que je fasse encore plus de feuilles de matchs que l’an dernier. Je voulais me montrer encore plus, qu’on ne me considère pas encore comme un cadre mais comme un joueur important de l’effectif. Pour l’instant, cela marche bien pour moi, pour vu que ça dure et j’espère jouer ce week-end et les week-ends qui suivent.

Tu dis que c’était un objectif mais est-ce que tu t’attendais à jouer autant ?

Oui, du moins je savais qu’on allait me donner ma chance au vu de la saison dernière. Je suis très content que le club me fasse autant confiance, je mets tout en œuvre pour leur redonner quand je suis sur le terrain. 

21 ans, c’est encore un age où la plupart sont juste contents d’être sur la feuille de match, tu es conscient d’être en avance sur beaucoup de jeunes de ton age ?

J’en suis parfaitement conscient et pour moi ça reste une chance. Je sais que j’ai beaucoup d’amis avec qui j’étais à Marcoussis qui n’ont pas cette chance que ce soit en TOP14 ou en ProD2. Je travaille beaucoup mais je me qualifie un peu comme un chanceux donc je mesure match après match le privilège que j’ai de jouer en TOP14, je ne pensais pas que ça irai si vite même si c’était mon objectif en venant à Pau

Tu pars l’année ou Dax est censé descendre en fédérale 1, tu serais resté si jamais il y avait eu le maintien ?

Je ne pense pas, cela faisait 5 ans que j’étais à Dax et je pense que j’arrivais à la fin d’un cycle. Je ne me sentais plus du tout progresser, j’avais besoin de nouveaux objectifs, d’un nouveau challenge. Dax se battait chaque année pour le maintien et ce n’était pas le mieux pour moi pour pouvoir jouer plus souvent. Je ne pensais pas que j’aurais plus de chance d’avoir du temps de jeu supplémentaire. Cette saison là, je fais 10 feuilles de match, j’ai pas mal joué en début de saison mais ensuite, à cause du maintien, le staff avait fait plus confiance à des joueurs d’expériences, les jeunes étant laissés de côté. Je connais bien Jérôme (Daret, devenu directeur sportif), je sais qu’il a la volonté de faire jouer les jeunes mais il y a beaucoup d’exigences, on veut absolument se maintenir et on a un peu peur que le jeune ne tienne pas la baraque.

Comment se porte le choix du club, c’est important pour toi de te mettre en danger dans un club ambitieux?

Le choix a été simple, je n’ai pas eu beaucoup de sollicitations ! Pau était aussi intéressant au niveau géographique vu que je suis à 1 heure de chez moi, il y avait aussi le challenge européen car je savais que j’aurai la chance de me montrer au moins sur ces matchs-là. Je suis content car mes apparitions ne se sont pas cantonnés au Challenge mais j’ai pu aussi jouer en championnat. C’est vrai que des personnes ont eu peur que je m’enlise dans des clubs de TOP14 sans trop y jouer mais j’ai su saisir les opportunités que l’on ma donné. Maintenant, c’est à moi de prouver sur la longueur, week-end après week-end.

Tu sembles sûr de tes choix, mature malgré ton jeune age, est ce que tu as un plan de carrière ?

Non, pas vraiment. Du moment où je me sens bien, épanoui, je ne me pose pas de questions. Je suis parti de Dax car je ressentais un peu moins ça, j’avais du mal a me fixer des objectifs. Comme tous les jeunes joueurs, j’ai envie d’avoir la plus longue et la plus belle carrière possible. Pau est un club d’avenir qui veut progresser année après année, le club met les moyens pour se maintenir dans un premier temps puis pour jouer les premiers rôles très rapidement. Tant que je suis bien, je n’ai aucune raison de partir autre part. Je ne me triture pas l’esprit en me disant que dans  2 ans il faut que je sois dans un club du TOP6, de toute façon, à moyen terme, c’est la place que les dirigeants de Pau veulent donc j’espère y arriver avec eux.

21ans, international chez les jeunes, titulaire ou presque en club, c’est une déception pour toi de ne pas être dans la liste développement de l’équipe de France ?

Pour être honnête, je ne savais même pas que cette liste existait ! J’en ai entendu parlé une ou deux semaines après qu’elle soit sortie. Pour moi, ce n’est pas quelque-chose de représentatif, il y a certains joueurs qui sont dans la liste qui ne jouent pas un match alors que d’autres au même poste sont titulaires en club. Je n’ai pas du tout accusé le coup, c’était plus dur dans les sélections de jeunes comme quand je n’ai pas été retenu pour le tournoi des 6 nations des -20ans, j’avais mal digéré tandis que là, je me dis que j’ai encore beaucoup de pain sur la planche, il faut déjà être très bon en club et on verra plus tard pour le niveau international. 

Il y aura une nouvelle règle (nombre restreint de non JIFF dans l’effectif mais aussi sur la feuille de match) pour les JIFF la saison prochaine et, Pau, comme 9 autres clubs ne seraient pas dans les règles si c’était appliqué tu en penses quoi ?

C’est très compliqué pour les jeunes de montrer notre nez. Le TOP14 s’est beaucoup ouvert, vendu sur l’extérieur, c’est un des plus gros championnat du monde qui amasse pas mal d’argent, il faut donc des retombées pour les clubs et faire jouer des jeunes est très compliqué. Je reviens sur la situation que j’ai vécu avec Dax, c’est très compliqué de faire confiance à des jeunes qui n’ont pas d’expérience surtout quand tu joues le maintien alors que des fois c’est eux qui peuvent t’amener un plus. J’espère que cette nouvelle règle sera bien appliquée, bien formulée et qu’on ne pourra pas contourner ce règlement pour donner la chance aux jeunes français et, par ricochet, que cela profite à l’équipe de France.      

Est ce que tu n’es pas la preuve qu’il n’y a pas besoin de toutes ces règles et que, quand on est bon, on joue ?

Je suis assez mal placé pour parler notamment de la place des étrangers dans notre championnat tout simplement parce que nous ne sommes que des français à mon poste à Pau. Il n’y a pas de star, on est tous sur la même longueur d’onde même si je suis plus jeune. Pour moi, le fait qu’un jeune arrive à jouer en TOP14 vient d’un énorme travail du joueur mais je répète qu’il y a aussi une grosse part de chance. Il faut bien sûr réussir à la saisir, il faut être performant quand on vous la donne, ce qui n’est pas le cas de tous. Pour un jeune, aujourd’hui, être bon ne suffit pas.   

Autre point de vue sur le rugby, on t’a vu sur les réseaux sociaux retweeter quelqu’un qui disait en avoir marre de l’arbitrage vidéo en ce qui concerne la bagarre de dimanche dernier entre Grenoble et Brive, tu considères que la vidéo est mal utilisée ou bien tu voudrais revenir à un rugby sans ?

Ce n’est pas que c’est mal utilisé, c’est juste trop utilisé. Le rugby reste un sport de contact, bien sûr qu’il y a des vilains gestes que l’on ne veut pas voir le week-end mais il ne faut que ça prenne une tournure dramatique. Il y en a ras le bol de passer 5 minutes à regarder la vidéo tout ça pour brasser de l’air et mettre des cartons qui peuvent faire basculer un match. Quand on voit Grenoble à 13 contre 14, pendant une mi-temps, ça peut faire vraiment mal surtout dans la position où le club se trouvait.

Donne nous ton parcours rugbystique :

J’ai commencé à 5ans à Mugron, dans les Landes, j’y ai fait toute mon école de rugby jusqu’à 15ans. Ensuite, quand je suis rentré au lycée, j’ai passé 5 saisons à Dax avant de partir à Pau la saison dernière. Pour Dax, on était un groupe de copains de Mugron qui était suivi depuis quelques saisons par ce club mais aussi par Mont de Marsan, le choix a été simple car je rentrais au pôle de Bayonne et c’était plus simple pour moi car mon père habitait à côté de Dax. J’avais aussi beaucoup de copains de sélection à Dax donc je n’ai pas réfléchit très longtemps.  

Mugron, j’ai vu que tu étais parti voir les jeunes la saison dernière pour leur parler, c’est important pour toi de garder ce lien avec le rugby amateur ?

Oui, tout à fait. Pour moi, le rugby sans les amateurs ne peut pas exister. J’ai des copains qui jouent tous les week-ends, je suis les résultats quand je ne peux pas y aller, c’est la base du rugby, les rugbymans de demain sont dans les clubs amateurs. Certains de mes amis n’ont pas eu la même chance que moi, le rugby amateur est moins prise de tête, c’est plus « à l’ancienne », ça fait toujours plaisir d’aller les voir jour.    

Tu es encore très jeune mais on voit de plus en plus de joueur pro venir 1 an ou 2 en fin de carrière dans leur club formateur, est ce que tu y penses à ton age ?

Je me fait chambrer quand je vais les voir jouer à base de : « quand est ce que tu reviens à Mugron » ! Je ne sais pas du tout, je vais avoir des choix à faire toute ma carrière et je ne sais pas comment je serai physiquement dans 10 ans. C’est vrai que dès fois, jouer avec les copains, cela me rappellerait des bons souvenirs, ce sera à méditer dans le futur. 

Quand tu commences le rugby, est ce que tu rêves d’être professionnel ou bien c’est venu tout seul ?

Quand on est petit et qu’on voit les matchs à la télévision, le rêve, c’est forcément l’équipe de France. Tu essayes toujours de mimer ce que tu vois, tu imites les meilleurs joueurs de cette équipe. Petit à petit,  quand je me suis rendu compte que j’avais des capacités, je ne rêvais toujours pas de professionnalisme mais toujours de jouer avec le coq, le reste est venu sur le tard. Quand j’ai commencé à intégrer les sélections de jeunes, le rugby commençait à prendre un peu plus de temps, on s’y plaît et on se dit que pourquoi pas en vivre pendant une dizaine d’années, voir un peu plus ou parfois un peu moins. J’ai « un métier » et il faut le mettre entre guillemets parce que ça reste uniquement du plaisir, si demain il pleut des trombes d’eau ou qu’il grêle, je serai quand même content d’aller m’entraîner. Si on parle de rêve, c’est plus réussir ce que j’ai commencé à entreprendre, réussir la carrière que je viens de débuter. J’ai réalisé un de mes souhaits en portant le maillot bleu chez les jeunes, est ce qu’un jour je pourrais avoir la chance de le porter chez les grands ? Je ne sais pas encore, ce n’est pas d’actualité, mais je vais tout faire pour.

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