Du côté des pros : Laurent Rodriguez

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L’invité de cette semaine est Laurent Rodriguez. Nous l’avons retrouvé dans l’hôtel qui porte son nom à Cambo. Il est question de cette même ville dans l’interview puisqu’il s’est pris au jeu de revenir dans le monde amateur en donnant un coup de main à l’équipe première.

On est chez vous, dans votre activité puisqu’on est à l’hotel Laurent Rodriguez, cela fait longtemps que vous avez cette affaire ?

Cela fait 6 ans, on va attaquer la 7ème saison cet été donc ça commence a faire un peu de temps que je suis installé ici

C’est une opportunité qui fait qu’on vous retrouve ici ou bien c’est un souhait depuis longtemps ?

J’ai toujours pensé que le métier d’entraîneur était un métier dangereux et qu’il valait mieux avoir une roue de secours ! J’ai toujours eu une activité en parallèle, j’étais pluri-activités alors que j’étais entraineur professionnel. Tout le monde sait bien que dès qu’on perd 3 matchs d’affiler, c’est le couperet au dessus de la tête qui tombe. Ça a toujours été une sécurité pour moi même si c’était difficile de concilier en étant entraineur professionnel parce qu’un hotel-restaurant, c’est très prenant. Autant un restaurant, le patron peut partir après le service autant un hôtel, il faut être présent du matin au soir. Les deux cumulés, ça faisait pas mal de boulot !

Vous n’avez pas totalement coupé avec le rugby puisqu’on vous a retrouvé sur le banc de Cambo cette saison, c’est le club qui est venu vous chercher ou bien c’est vous qui en aviez besoin ?

Cambo est une petite ville, j’ai forcément des gens de Cambo qui viennent manger au restaurant. C’est Christophe Carrère, ancien entraineur de la première, avec qui j’avais bien sympathisé qui m’avait dit que ça me ferait du bien de venir au club. Il n’avait pas tort, j’ai accepté, j’y suis allé en y mettant un pied, petit a petit, les dirigeants m’ont demandé de venir plus souvent et finalement, ça m’a fait un bien énorme de replonger à un niveau que j’ai connu. Je suis issue d’un petit club, j’ai été formé à Lannemezan et Cambo m’a fait penser à toute mon enfance quand j’apprenais le rugby sur les bancs du club de Lannemezan.

On vous attendez pas en honneur, vous vous qualifiez, on vous attendez peut etre pas en demi et pourtant vous y êtes, il y a bien sûr la déception de la défaite mais quelle magnifique saison de votre part ?

J’en parle souvent avec mon président et compte tenu des éléments que nous avons, avec l’effectif quantitatif et qualitatif  que nous possédons, la saison est vraiment belle. On se retrouve quelques fois à l’entraînement le mardi avec seulement une douzaine de joueurs bon par contre le vendredi, au moment de faire l’équipe du week-end, on est proche de 30 joueurs ! C’est aussi ça qui me plaît, les joueurs sont francs, j’avais perdu cette franchise avec les professionnels. Ils te disent les choses clairement, le joueur vient me voir et me dit qu’il peut pas venir vendredi car c’est les fêtes de son village et qu’il sera absent le dimanche car il est au comité des fêtes ! On s’adapte, c’est cette franchise là que j’ai beaucoup aimé. Le niveau, il est ce qu’il est mais j’ai trouvé des joueurs très attentifs à ce qu’on pouvait leur proposer à l’entraînement, c’est du pain béni pour un entraineur.

C’est une équipe encore jeune, les catégories de jeunes ont aussi des bons résultats, est ce que Cambo peut être au niveau fédérale dans les années qui arrivent ?

Il y a beaucoup de conditions pour y parvenir et en premier lieu étoffer l’effectif. Il faudrait en discuter avec Marcel Noblia (président) pour savoir quels sont ces objectifs. Ce qui est sûr c’est qu’avec l’effectif d’aujourd’hui, ce n’est pas possible, ce qu’on a fait est déjà très bien ou alors il va falloir que les jeunes pousses prometteuses arrivent très vite en seniors !  Ce n’est pas facile de faire vivre un petit club comme ça, les jeunes sont attirés par énormément de sports, on a beaucoup de joueurs de pelote et c’est très bien car c’est un apport supplémentaire pour la préparation physique. Quand on ambitionne de jouer au niveau au-dessus, il faut être plus assidu aux entraînements, il faut être plus nombreux au niveau de l’effectif, il faut avoir une structure et du matériel plus important. Ça demande forcément un budget plus conséquent aussi et voilà la difficulté d’un club comme le notre.

Est ce que vous allez continuer d’aider le club l’année prochaine ?

Oui, bien sûr, je prends énormément de plaisir. Je pense que le président et les entraineurs le veulent aussi, on s’entend très bien, c’est une bouffée d’oxygène pour moi. On s’entraîne deux fois par semaine, quand ça dure 1H30 les joueurs commencent à râler parce que c’est trop long ! C’est donc que 3 heures par semaine, c’est de la rigolade et ça me fait un bien fou. Cette aide se fera toujours avec la première mais je suis ouvert pour donner un coup de main aux autres, il y a de bons éducateurs à tous les niveaux, ils s’en sortent très bien donc ce sera essentiellement au niveau des seniors.

Est ce qu’il y a des changements entre le rugby amateur que vous aviez laissé et celui d’aujourd’hui ?

Pas vraiment, c’est pour ça que j’éprouve énormément de plaisir à Cambo. Cette fraicheur, cette envie de défendre le clocher que l’on a perdu en évoluant avec le rugby professionnel, j’ai vu des joueurs se motiver tout seul dans le vestiaire parce qu’on ne veut pas perdre contre le village d’à côté. C’est extraordinaire de revivre ça, c’est un bond en arrière que j’ai fait, un véritable bain de jouvence.

D’ailleurs, dans votre carrière professionnelle , je parle de celle d’entraineur, est ce que vous aviez toujours un œil sur ce monde là ?

Ça prend tellement de temps au niveau professionnel que c’est impossible. Quand on se penchait sur le rugby amateur, c’était pour détecter un joueur qui avait le niveau supérieur et qu’on essayait de soutirer, malheureusement, à un bon club amateur. Au niveau professionnel, c’est un travail de tous les joueurs avec de la vidéo, de la préparation d’entraînements, de l’analyse et il ne faut pas oublier que j’ai toujours eu un travail à côté donc le temps de libre était rare !

On a des jeunes qui arrêtent de plus en plus tôt, beaucoup de clubs ont des difficultés à faire deux équipes seniors, est ce que vous avez une explication ?

C’est un état d’esprit, la jeunesse est en train de changer. On n’a plus la passion d’un sport comme on pouvait l’avoir à mon époque, ne faire que ce sport parce qu’on est obnubilé par les entraînements, les matchs. C’est un problème sociétal, je le vois au boulot ici, c’est de plus en plus difficile de faire bosser quelqu’un plus de 35 heures, on souffre aussi de ce problème là en sport.

Il va y avoir des élections à la présidence de la FFR, est ce que vous suivez ça ou bien on se dit que ça ne changera pas grand chose de toute façon ?

C’est vrai que j’ai tellement vu les « vieux barons » s’occuper de la fédération avec certains que l’on aide à monter et descendre du bus mais qui ne voulaient pas donner leur blazer pour rien au monde.. Est-ce qu’un jour, ça va changer ? Les anciens comme moi, on se pose vraiment la question. Je vous dis franchement, j’ai été sollicité par un comité de soutien de Bernard Laporte, c’est le seul qui m’a contacté mais les autres sont tellement sûrs d’être réélu par le système de vote mis en place qu’il n’y aura même pas de bataille. C’est voué à l’échec pour les opposants, on va faire avec ce régime là qui n’est autre que le même régime qui gère la fédération depuis des années. Ils nous font croire qu’il y a certaines évolutions mais ça ne change pas.

Est ce qu’on pourrait d’ailleurs vous retrouver un jour dans un poste de haut dirigeant à la fédé ?

Non, à la fédé je ne pense pas car ça ne m’intéresse pas. A un autre niveau du rugby, oui, pourquoi pas, que ce soit TOP14 ou PROD2, je serai même peut être plus tenté de poursuivre  mais à un niveau entre l’amateur et le professionnel, aider pour structurer un club et le faire passer à l’étage au-dessus. En TOP14, on fait malheureusement appel à beaucoup d’entraîneurs étrangers, ce que je déplore, il y aura de moins en moins un rugby français comme on l’a connu. C’est une entité qui va se perdre à cause de l’apport des joueurs et des coachs étrangers. Si personne ne fait rien, il faudra bientôt communiquer en anglais à l’entraînement, c’est d’ailleurs déjà le cas dans certains clubs, on en perd notre identité.

Vous avez quitté, enfin on vous a fait quitter le BO lors de la descente en Pro D2, est ce que vous avez toujours un œil particulier sur ce club ?

Sincèrement, je regarde tous les résultats mais je n’y ai pas remis les pieds et je ne suis pas prêt de le faire. Je suis comme ça, entier, quand on me vire d’un endroit et je ne vois pas la raison pour laquelle j’irai au stade. Il y a des joueurs, de moins en moins, que j’ai eu comme Erik Lund donc je suis un peu leurs trajectoires. De plus en plus, je suis le Biarritz Olympique comme tous les autres clubs.

Que pensez vous de tout ce qui se met en place avec Brusque à la présidence, un coach comme Darricarrere qui vient de prolonger ?

Il n’y avait qu’un changement qui pouvait faire bouger les choses, il fallait surtout complètement partir à 0. Tout le monde sait que chaque année, le BO avait des difficultés financières, il fallait d’abord boucler le budget puis préparer le prévisionnel. Le contexte économique est difficile pour tous les clubs. Je ne suis pas de près ce que fait Brusque mais sur ce que je peux entendre, il restructure. Les bons résultats ne viendront qu’avec le temps, une restructuration, ça prend du temps.

Quel est pour vous, le futur du rugby basque ?

C’est délicat, on parlait au début des difficultés d’un petit club pour survivre et, forcément, plus vous montez dans la hiérarchie, plus il faut des budgets importants. La hiérarchie est tracée pour le moment avec Bayonne qui domine le rugby basque. La difficulté sera dans les années à venir, est-ce qu’on va retrouver le TOP14 ? Est ce que Bayonne aura les moyens d’augmenter nettement son budget ? Un budget de TOP14 c’est au moins 20 à 25 millions, est-ce qu’on peut se le permettre dans la région ? On a souvent parlé d’une union, souvent maladroitement, des 2 principaux clubs côte basque et on n’a jamais parlé de création d’un grand club. C’est le point négatif qui a été amené par les 2 grands communicants de l’époque qui ont parlé de fusion, chose à ne surtout pas faire. Les pro-biarrots et les pro-bayonnais se voyaient totalement disparaître et quand les futurs mariés ne s’entendent pas, cela ne sert a rien d’essayer de leur faire mettre la bague au doigt. L’engouement que l’on a suscité avec le Biarritz Olympique en coupe d’Europe avec ces matchs à Anoeta était énorme, il n’y avait pas que des français, c’était énormément de basques espagnols. J’espère connaître ce même engouement avec une équipe basque un jour.

Est ce que vous voyez Bayonne monter ?

Oui, ce sera difficile, Mont de Marsan revient très bien aussi. Il faudra faire attention, le problème des matchs couperet c’est que si tu tombes sur un jour où ton buteur n’est pas en forme, tu passes à la trappe. C’est pour ça que j’ai toujours été pour le plus méritant, ceux qui finissent premier et deuxième doivent monter. Le problème de l’accession c’est que tu peux tout perdre sur une journée. Bayonne semble bien parti, les matchs qu’ils ont perdu dernièrement  , c’était parce qu’ils avaient fait tourner l’effectif. S’ils sont au complet, je les vois passer.

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