T'étais où? Rob Linde

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L’invité de la semaine est Rob Linde, ancien bayonnais. On l’a retrouvé dans son restaurant à Bayonne, toujours en forme et affûté. Le sud africain nous parle de sa carrière, de Bayonne et de ses envies pour le futur.

Tu es aujourd’hui propriétaire d’un restaurant, est ce que c’était ce que tu voulais quand tu as arrêté ta carrière ?
Je n’avais pas du tout pensé à cela pour mon après-rugby. Un ami, qui est devenu mon associé, est arrivé un soir chez moi et on a discuté de ce que je voulais faire une fois ma carrière terminée. Quand tu es professionnel depuis tout jeune, tu ne te poses pas du tout la question. Quand il m’a proposé de se lancer, j’ai trouvé que c’était vraiment une bonne idée, on a acheté le premier bar en 2012 ( le bleu et blanc) et le deuxième en 2013. J’aime beaucoup cette activité car ça me permet d’être au contact des gens, discuter, je prends énormément de plaisir.
Pourquoi être rester en France et surtout à Bayonne ?
Je ne connais pas un mode de vie meilleur que celui du pays basque. Je suis sud-africain, je connais la vie là-bas et elle est très dure. Ici, tu as la mer et la montagne pas loin, tu peux tout faire, la vie est vraiment très calme, ça ne craint pas du tout au contraire de l’Afrique du Sud.
Tu as été dans le staff bayonnais, je me rappelle que tu disais vouloir entraîner, tu en es ou ?
Je suis toujours en train de passer les examens pour être entraîneur, il me reste encore un an et je pourrai entraîner jusqu’à la ProD2. J’aime beaucoup car je n’ai fait que du rugby dans ma vie et je pense que je peux apporter quelque-chose aux jeunes dans ce sport. Je ne veux pas garder tout ça pour moi, je veux vraiment le partager.
Tu veux te diriger vers les jeunes ou plus vers une équipe première ?
J’aime bien entraîner les gens un peu plus âgé, genre 18-20ans, c’est d’ailleurs ce que je fais actuellement avec Anglet puisque j’entraîne les bélascains. Je n’ai joué que pros et je suis bien avec cette catégorie d’âge qui sait déjà bien jouer au rugby.

C’est Francis Sallagoity qui t’avais fait venir en tant que joueur, est ce que tu as des contacts avec lui pour devenir entraîneur à Bayonne ?
Je suis très ami avec Monsieur Sallagoity, c’est grâce à lui que je suis arrivé en France. Pour l’instant, je suis très occupé avec les restaurants, ça me prend énormément de temps. J’entraîne à Anglet mais uniquement le vendredi soir, ça tombait bien pour moi. Si je passe les examens et que tout va bien, on ne sait jamais ce qu’il peut arriver mais je suis très heureux comme cela pour le moment.
Justement on ne sait jamais, si Biarritz te proposait un poste entrainement, tu dirais quoi ?
Ah oui là !!! C’est un peu délicat !!! J’adore le rugby, si je peux apporter quelque-chose à Bayonne ou à Biarritz, je le ferai.
Qu’est ce que tu penses de la saison de Bayonne cette année ?
Bayonne fait une excellente saison surtout avec l’intersaison mouvementée que l’on a connu. Ça joue bien, j’aime beaucoup le duo d’entraîneurs Dewald Senekal et Vincent Etcheto. Il n’y a pas un gros effectif mais ça se passe bien cette saison.
Est ce que tu les vois remonter cette année et surtout est-ce que tu le souhaites ?
Bien sûr que je le souhaite, ça permettrait de gagner de l’argent au bar les jours de match !! Plus sérieusement, les joueurs ne jouent que pour ça, pour être en TOP14. Je suis sur qu’ils gagneront la demi-finale à Jean Dauger et en finale c’est toujours 50/50.
On voit que le public râle un peu en ce moment, tu disais que l’ambiance au stade était magnifique mais est ce que ce n’est pas un public trop exigeant ?
Oui, je trouve que l’ambiance a vraiment changé depuis que je suis arrivé en France en 2006. Je me souviens de mes débuts, l’équipe avait perdu ses 5 derniers matchs, je rentre contre Clermont-Ferrand, je n’avais jamais vu une telle ambiance dans ma vie. J’ai joué devant 40, 50 000 personnes en Afrique du Sud et pourtant les 15 000 bayonnais faisaient plus de bruit !! Aujourd’hui, le public est devenu impatient, il faut tout tout de suite, ça ne marche pas comme cela. Cette équipe est vraiment très jeune, il faut savoir prendre le temps et je suis sûr qu’elle ira très loin.
Comment as tu vécu la descente en prod2 de ce club ?
Oui, ça m’a beaucoup marqué. Je me rappelle qu’on aurait dû descendre en Prod2 mais que Montauban était descendu pour des problèmes  financiers, c’est très dur à vivre. J’ai vraiment eu mal au coeur pour les joueurs sur le terrain, c’est malheureusement la loi du sport: il faut toujours un gagnant et un perdant.
Est ce qu’il y a un autre club en France ou tu aurais voulu jouer ?
Non, j’étais vraiment trop bien à Bayonne! Quand j’ai signé en 2006, j’avais une offre de Paris notamment mais j’ai préféré l’aviron, j’y ai trouvé un club très familial, c’était important pour moi. C’est bien d’être dans des clubs qui gagnent des titres mais Bayonne, c’était vraiment autre chose, c’était la guerre tous les week-ends et j’ai adoré ça.
Qu’est ce que tu penses de l’évolution du rugby français depuis quelques années ?
Le rugby a beaucoup changé depuis mon arrivée. Je suis pro depuis l’âge de 17 ans et la France était vraiment en retard par rapport à l’Afrique du Sud. Ça a beaucoup progressé au niveau professionnel et ce n’est que mieux pour le rugby.

Il y a beaucoup de débat sur le nombre d’étrangers chez les professionnels, est ce que tu comprends ces discussions ?
Je comprends bien, il suffi t de voir jouer l’équipe de France pour s’en rendre compte. C’est tout a fait normal, on ne met pas assez les joueurs français en avant. Je pense qu’il faut mettre un règlement en place pour limiter le nombre de joueurs étrangers dans les clubs. Il y aura comme ça un espace libre pour que les jeunes français puissent s’exprimer.
Tu as signé à Anglet en fi n de carrière sans trop y jouer, c’était le fait de ne pas arrêter ta carrière d’un coup ?
C’était une étape que je voulais absolument faire, c’est à dire finir comme j’avais commencé, dans un club amateur. J’ai trouvé quelque chose qui m’a plus là-bas, je ne vais pas appeler ça les vrais valeurs du rugby, mais boire un verre tous ensemble à la fi n du match, fumer une cigarette, c’est un état d’esprit que j’adore. On n’a plus la pression de louper une touche, louper un match, c’est tellement agréable.
On a l’impression que tu trouves regrettable que ce ne soit plus le cas chez les pros ?
Oui, je pense que ça manque un peu au niveau professionnel. Tu joues dans l’équipe mais tu joues aussi pour toi au final parce que si tu es mauvais, même si l’équipe est bonne, on trouvera toujours quelqu’un pour te remplacer.
Qu’est ce que ça t’a fait la première année ou tu n’avais plus ton sac à prendre pour t’entraîner ?
C’était vraiment compliqué mais il faut savoir tourner la page. Je savais que mon corps n’en pouvait plus, j’ai beaucoup souffert la dernière année. J’avais des joueurs qui courraient de plus en plus vite, des placages de plus en plus durs, je sentais que mon corps disait stop.
Raconte nous la première fois où tu as joué à Jean Dauger, c’était comment ?
C’était extraordinaire, je suis arrivé en France le vendredi, j’ai regardé un match de Bayonne contre Castres le samedi où on avait perdu. On a enchaîné directement le mardi ou le jeudi, c’était mon premier match et je me souviens que c’était contre Clermont. Toute la semaine est passée tellement vite, je savais déjà compter en basque jusqu’à 10 car nous avions des combinaisons en touche dans cette langue, je connaissais aussi quelques mots en français pour cette phase de jeu. C’est une nouvelle page dans ma vie que j’ai ouverte, je n’ai jamais oublié cette première fois où j’ai foulé la pelouse, l’ambiance au stade avec tout le monde qui chantait, on a en plus gagné, c’était incroyable.
Ton premier derby, est ce que tu as de suite saisi l’importance de ce match?
Le derby est plus dur que n’importe quel autre match. C’est rarement le plus beau match au monde mais il y avait un engagement
énorme, c’était physique voir même méchant de temps en temps. Bien sur que la victoire valait le même nombre de points que les
autres mais c’est quelque-chose que les autres clubs ne connaissent pas avec deux villes séparées par quelques kilomètres.
Quelles sont les différences sportives par rapport à ce que tu avais connu en Afrique du Sud ?
La France est encore dans une ère de club alors que l’Afrique du Sud est organisé en province. Il y a beaucoup plus de concurrence là bas, c’est un vrai boulot où tu arrives à 8 heures du matin et tu repars à 17 heures. L’envie d’en découdre et de gagner restent les mêmes dans les deux pays.
Est-ce que tu penses qu’il faudrait ce système de province en France ?
En tant que supporter, j’adore le derby entre Bayonne et Biarritz par exemple mais il faut regarder comment se pratique le rugby au niveau mondial. Dans un futur proche, on sera obligé de passer par une province car tu auras plus d’investissements tout en gardant les deux clubs au niveau amateur.
Est ce que tu penses que tu aurais pu porter le maillot international si tu étais resté là bas ?
Non, pas du tout ! À mon poste, il y avait juste Bakies Botha, Victor Matfield, soit les deux meilleurs deuxième ligne d’Afrique du Sud et sans doute du monde. On peut aussi rajouter Danie Rossouw qui a joué à Toulon, c’était très compliqué de pouvoir jouer en sélection. Je ne regrette pas, quand je jouais en Afrique du Sud, l’objectif restait de porter ce maillot mais a 28, 29 ans, il faut se faire une raison et tenter autre chose.
Est ce que tu as des regrets dans ta carrière ?
Jamais, je ne suis pas quelqu’un qui a des regrets. Je profite de tout ce que je fais, même quand je fais des mauvais choix. Venir à Bayonne était extraordinaire, jouer en Afrique du Sud aussi. J’ai toujours donner le meilleur de moi-même partout où je suis passé.
Qu’est-ce que tu connaissais du pays basque avant de signer ?
Rien, je ne connaissais rien du tout. J’ai regardé les résultats sur internet, je voyais des défaites de 50 points contre Biarritz, je me suis dit que ça allait être dur !!! Je connais bien Nick Mallet (ancien entraîneur du Stade Français), c’est lui qui m’a parlé de Bayonne, me disant que la vie était bien ici. Au niveau du rugby, il m’a dit que ça allait me plaire avec un gros jeu devant. J’aurai pu jouer à Brive, Castres ou Paris mais j’ai choisi le cadre de vie de Bayonne.
Sinon, tu avais comme objectif de savoir parler basque, tu en es où ?

J’en suis loin !!! Je sais compter, je connais quelques mots. Mon fils est à l’école bilingue donc il est meilleur que moi ! C’est compliqué mais tant qu’à être au pays basque, j’aimerai beaucoup arriver à parler cette langue. On va continuer de progresser en français et je me mettrai au basque ensuite.

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